Il ne saurait évidemment ici être question d'une critique du texte de Lao Zi, tant celui-ci est fondamental et demeure d'une stupéfiante actualité (Unicité, écologisme, simplicité,') Cf. les commentaires précédents.
Mes humbles remarques porteront plutôt sur la traduction de ce texte millénaire' et cela commence mal avec Dao traduit par "Vérité" et « chang dao » (l'interface n'accepte apparemment pas les caractères chinois) par « Vérité absolue », une originalité qui contredit la démonstration de Lao Zi à savoir qu'il n'existe justement pas de vérité, concept humain et donc naturellement subjectif. Dans la pensée chinoise « la vérité est d'abord d'ordre éthique, la préoccupation première étant de déterminer l'utilisation appropriée du discours, et non pas ce qui fait la vérité de dispositions mentales, de propositions, d'idées ou de concepts » (Anne Cheng)
Le reste n'est somme toute pas plus mauvais que les autres traductions (à quelques exceptions)' mais pas meilleur non plus (à quelques exceptions). Comme les autres, Ma Kou parle ainsi de vide dans le 4ème chapitre « Le tao est vide. Jamais l'usage ne le remplit. » alors que « chong » renvoit plutôt à l'idée d'un bouillonnement, d'un flux d'activité ou d'énergie entrant en collision, d'une sorte de soupe cosmique d'où tout surgirait. Comment le vide pourrait-il d'ailleurs produire toute chose ?
La phrase 4-5 « Discerne dans la lumière » alors que « he » signifie doux, gentil, harmonieux, en bon termes ou en paix. La 5-1 « Rudes sont le ciel et la terre qui traitent en chiens de paille la multitude d'êtres » est aussi une simplification de « bu ren » , traduit par « rude » alors qu'il est plutôt question d'une absence de moralité, les lois de l'univers et de la nature étant amorales ' c'est-à-dire qu'elles s'établissent en dehors de tout concept de morale ' et donc sans sentiments vis-à-vis des créatures qui naissent et qui meurent, qui sont éphémères.
Ponctuellement, une phrase m'apparaît sortir du lot « Vide de nom, est l'origine du ciel et de la terre » (1-3), « vide les consciences mais emplit les ventres » (3-5), « Par la vertu du non-agir, l'ordre se maintient, naturel » (3-9), etc.
On regrettera néanmoins l'absence du texte en chinois ainsi que l'absence presque totale d'explications, le lecteur devant défricher lui-même le choix du traducteur. C'est la norme mais c'est ennuyeux. Pour des explications en profondeur, caractère (chinois) par caractère, voir le site www.daodejing.fr
Globalement, le travail et le style sont honnêtes (sans plus) et offriront une perspective supplémentaire aux amateurs du Tao, conscients que le Tao, comparable à l'eau, prend la forme des récipients qui l'accueillent. Une traduction du Daode Jing ' le choix, pour un idéogramme donné, d'un sens plutôt que d'un autre ' aura donc nécessairement la forme du traducteur' et c'est pourquoi il ne s'agira pas du Tao !
Cordialement,