Cette traduction de Stephen Mitchell est présentée par l'éditeur comme « radicalement moderne, accessible et poétique, qui s'est imposée comme une référence »
Il est vrai que cette traduction contraste avec les traducteurs plus « classiques » de type Pères jésuites et qu'elle donne des perspectives fort intéressantes, quoique moindres que celles de son collègue américain Jonathan Star (pas encore traduit en français)
Accessible, cette traduction l'est sans doute mais elle le serait davantage avec quelques explications du traducteur, « L'indicible est l'éternellement réel » (Chap 1) n'étant par exemple pas vraiment plus clair que le plus classique « Vide de nom, est l'origine du ciel et de la terre » (Ma Kou) ou « Sans nom, il représente l'origine de l'univers » (Liou Kia-hway)
Poétique, cette version l'est nettement moins que celle de François Huang et Pierre Leyris (Poche), moins concise et sans aucune reproduction du texte en chinois. Côté positif, la traduction est agrémentée de peintures chinoises. Malheureusement, le choix par Stephen Little m'apparaît discutable avec une prédilection pour les plantes et les animaux'
Au final, et c'est la question qui prime, cette traduction peut-elle être considérée comme une référence ? Ma réponse est clairement non et pour une raison simple : il y manque des phrases ! Ainsi, au Chap 2, la voix et le son ont disparus, au Chap 3, c'est le désir ou la convoitise qui sont éliminés, au Chap 4, ce sont 5 phrases qui sont supprimées ! Etc. Erreur de manuscrit ou l'auteur a-t-il tout simplement éliminé ce qu'il n'arrivait pas à traduire ou qui le gênait ?
Stephen Mitchell multiplie en outre les interprétations voire les contre-sens :
- Chap 2 « les choses disparaissent et il les laisse partir » est une invention du traducteur qui s'invente des caractères chinois'
- Chap 4 « Il est comme le vide éternel: empli d'infinies possibilités. » alors qu'il n'est absolument pas question de vide'
- Chap 5 « Le Tao est comme un soufflet » alors qu'il ne s'agit pas du Tao mais de l'espace entre terre et ciel'
- Chap 6 « Le Tao est appelé la Grande Mère: » alors qu'il est question de l'esprit de la vallée'
- Chap 7 : « Le Tao est infini, éternel. » alors qu'il est question du ciel et de la terre'
Etc.
Bref, si cette traduction peut amuser, surprendre voire ponctuellement faire réfléchir quant à un nouveau sens du texte, elle ne constitue en rien une référence tant elle s'éloigne du texte original. Il ne s'agit pas ici du Tao de Lao Zi mais du tao de Stephen Mitchell ! Voir le site www.daodejing.fr pour une comparaison des différentes traductions d'après le texte chinois analysé caractère par caractère.
Cordialement,