Toute l'intimité contenue dans l'album est promise dès cette photo de la pochette. Un contre-jour complice montre la chanteuse, pieds nus, près d'un chat assis sur la fenêtre.
Tapestry possède ces teintes douces, chaudes, d'un séjour à la maison de campagne. C'est avec ces douze chansons écrites à la première personne que Carole King va gagner un statut de superstar au début des années 70. L'album s'écoule avec une tranquille évidence, et pour cela, la jeune interprète livre toute son âme, sans que l'on ne perçoive effort ou impudeur. Balancées par un jeu de piano sûr, et soutenues par une rythmique de premier choix, autant les ballades ("Home Again", "So Far Away") que les thèmes plus soutenus ("I Feel The Earth Move") montrent combien ce travail de musique est un travail de coeur. Et d'âme, encore une fois. Cette soul que chante King, prend des accents folk jazzy avec l'inusable "You've Got A Friend" repris par James Taylor. Un des nombreux titres de la compositrice adaptés par d'autres, que ce soit Les Beatles ou Aretha Franklin. Derrière, les choeurs se font célestes, – une Merry Clayton à gorge déployée dans "Way Over Yonder" –, et les congas de Danny Kootch tiennent compagnie, sereinement. Une femme se livre, sans chichis. Carole King n'atteindra plus jamais cette densité émotionnelle.
--José Ruiz
On dira : toute une époque. Et, effectivement, il convient d’avoir, de près ou de loin, approché cette décennie, pour percevoir à quel point cheveux libres, jeans élimés, pieds nus, et chat (signe d’indépendance, mais sur un coussin, car on aime son confort, aussi), participent, au tout début des années soixante-dix, d’une authentique liberté d’esprit, et d’une vraie soif d’autonomie.
De ce point de vue-là, Carole King, femme indépendante et créatrice dès les années soixante, n’a pas laissé sa part aux chiens, à une époque où l’activité des filles se cantonnait essentiellement sur la banquette arrière des décapotables. Et c’est exactement le décor planté dans
Tapestry : une jeune femme, presque trentenaire, vient chanter ses doutes, ses abandons, ses angoisses (
« I Feel the Earth Move »).
Comme c’est l’une des plus émérites compositrices de sa génération, elle a toute latitude de plonger dans son propre panier aux merveilles, et de réinterpréter les tubes offerts à d’autres en leur temps :
« Will You Love Me Tomorrow », première partition à succès pour The Shirelles, ou
« (You Make Me Feel Like) A Natural Woman » (après l’interprétation définitive d’Aretha Franklin, on a ici droit à une version…sympathique), cohabitent donc avec un répertoire original (
« It’s Too Late »), tout autant couronné de succès.
King, qui a énormément travaillé son chant, interprète avec émotion et sensibilité ces refrains, déjà inscrits dans l’inconscient collectif, ou qui le deviennent. Évoluant sur cette mince ligne séparant pop et jazz, elle est soutenue dans l’effort par quelques invités prestigieux (James Taylor, Joni Mitchell), pour un album en parfaite conjonction avec une époque, et une génération.
Tapestry parviendra à la première place des charts américains, et
« Smackwater Jack »,
« It’s Too Late »,
« I Feel The Earth Move », et
« So Far Away » en seront les emblématiques singles. Quatre Grammy Awards (dont celui d’Album de l’année) viendront parfaire le panorama.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story