Voici une interprétation qui se veut baroque (avec tout ce que ça implique en terme de diapason ou d'ornementations improvisées), de plusieurs chefs-d'œuvre d'un des maîtres du baroque : Giuseppe Tartini.
Pour commencer, je dirais qu'Andrew Manze "exagère" dans ses improvisations. Je sais que c'est pour se conformer à la logique des interprètes de l'époque, mais il y a vraiment beaucoup de choses qui ne sont pas sur la partition.
Ceci s'explique de surcroît par une considération du compositeur qui est explicitée dans le livret : Tartini a déclaré qu'il jouait ses propres sonates sans le renfort d'une basse continue, et que ce n'est que pour se plier aux conventions qu'il écrivait la partie de l'accompagnement. S'appuyant sur cette déclaration du maestro, Manze joue lui aussi sans accompagnement ; cependant, il s'autorise à restituer certains passages de la basse continue par l'intermédiaire d'accords qu'il joue au violon. Bref, le violoniste évacue la partie de basse pour mieux la laisser rentrer par le trou de la serrure. C'est pour le moins incohérent...
Enfin, un anachronisme qui m'a exaspéré : Andrew Manze est un "baroqueux", mais se permet, dans sa cadence improvisée du 3ème mouvement de la sonate "Trille du diable", d'utiliser des pizzicati de la main gauche pendant que la main droite joue arco...
Bref : Andrew Manze veut se conformer aux usages de l'interprétation baroque, mais sans trop s'y astreindre non plus, ce qui donne lieu à des choix contestables.
Hormis ce bémol que j'ai beaucoup développé, ce disque est tout plein de qualités. Si, comme je l'ai écris supra, j'ai quelques réserves sur le "Trille du diable", l'interprétation d'Andrew Manze de ce chef-d'œuvre reste très agréable à écouter ; en dehors de la cadence et de certaines ornementations trop marquées, le troisième mouvement est superbe.
Et quelle bonne idée de proposer quelques variations de "L'Arte del arco" ! Ça a beau être une étude, ça reste très beau, d'autant que le violoniste parvient à donner à son violon le son légèrement brillant qui convient à ce morceau ! Il faudrait que Manze se mette à l'enregistrement de l'œuvre dans sa totalité, afin de confirmer les belles promesses de ce disque.
La sonate en la mineur est mon "coup de cœur" sur ce CD. Même si, là encore, Manze supplée la disparition de la basse par l'ajout d'accords de son cru, c'est ici pour le meilleur effet ! Et le fait d'entendre tous ces mouvements et toutes ces variations avec le son déchirant d'un violon seul... Un tel chef-d'œuvre méritait cette interprétation. A écouter sans modération...
La pastorale en scordatura est une curiosité qui tranche nettement avec la sonate en la mineur, par ses accents joyeux et festifs.
Un superbe enregistrement, qui révèle toutefois quelques contradictions de l'interprète.