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Le Tchékiste. Récit sur Elle et toujours sur Elle [Broché]

Vladimir Zazoubrine
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Présentation de l'éditeur

Dans une grande ville sibérienne, à la fin de la guerre civile, un responsable de la Tchéka, police du régime bolchévique, accomplit son " travail " de bourreau. Pour servir la Révolution, il participe à l'atroce procédure quotidienne des interrogatoires, des procès sommaires, de l'extermination anonyme.
Cette œuvre de fiction est à tous égards exceptionnelle. Ecrite en 1923 par un des jeunes espoirs de la littérature soviétique dans un style d'une densité et d'une violence inouïe, elle fait revivre la Terreur rouge avec une puissance d'évocation jamais lue. On songe à Kafka avec sa terrible machine à condamner et à punir, à Andreï Platonov pour son Tchévengour. Jugé trop " naturaliste " par la rédaction de la revue " Les Feux sibériens " à laquelle il était destiné, le Tchékiste fut rejeté à l'époque pour des raisons idéologiques. Jamais édité, il paraît enfin aujourd'hui, dans toute sa terrible vérité.

Détails sur le produit

  • Broché: 155 pages
  • Editeur : Christian Bourgois Editeur (1 janvier 1990)
  • Collection : Chr.Bourgois
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2267008629
  • ISBN-13: 978-2267008623
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5.0 étoiles sur 5 La cruauté, le sadisme, la barbarie..., pour ELLE : LA Révolution Bolchevique (Communiste) !!!, 4 janvier 2011
Par 
Unvola - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Tchékiste. Récit sur Elle et toujours sur Elle (Broché)
Même si cet ouvrage est une fiction, Vladimir Zazoubrine analyse parfaitement cette période puisqu'il était à Petrograd en Russie, lors du coup d'Etat Bolchevique (Communiste) du 7 novembre 1917, et qu'il devint d'abord, secrétaire du commissaire de la banque d'Etat, puis, entre autres, écrivain, pendant la Guerre Civile et la Terreur rouge Bolchevique.
Vladimir Zazoubrine fut exécuté le 6 décembre 1938 durant la Grande Terreur Stalinienne.
L'auteur décrit donc précisément les scènes d'horreur, déjà relatées par Sergueï Melgounov La terreur rouge en Russie : (1918-1924) et tant d'autres survivants par la suite...

Cette oeuvre écrite en 1923, mais seulement autorisée à la publication en 1990, relate les massacres perpétrés dans les caves et les arrière-cours des innombrables centres d'exécution de la Tchéka.
Cette Tchéka (police politique) fondée par Lénine en décembre 1917 et dirigée par le tortionnaire Félix Dzerjinski, un mois après le putsch Bolchevique (Communiste) de novembre 1917, avait comme principales missions, de : rafler, perquisitionner et arrêter arbitrairement, interroger en usant de moyens ignobles de tortures afin de faire signer de faux aveux, de déporter en camps de concentration ou d'exécuter sommairement..., TOUT opposant réel ou présumé.

Dans ce terrifiant récit, sous les ordres de Andréï Sroubov président de la Goubtchéka locale, ces sadiques Tchékistes exécutent "à la chaîne" les "ennemis du peuple", d'une balle dans la nuque, après avoir déshabillé et déshumanisé leurs victimes, pires que des animaux conduit à l'abattoir.

Andréï Sroubov est complètement obnubilé par ELLE, la mythique Révolution, il est un bourreau obsédé par la nécessité de traquer sans relâche : des "ennemis de classe" , des "suspects" , des "otages"... à exécuter..., encore et toujours plus !
En effet, Sroubov parle d'"assainir" LA Révolution.

Voici ce que dit le père (médecin) de Sroubov avant d'être exécuté par Ika Katz, l'ami d'enfance de son propre fils Andréï, également devenu Communiste, page 97 :

"Ika, transmets à Andréï que je suis mort sans aucune haine à votre égard, à lui et à toi. Je sais que les hommes sont capables d'être aveuglés par une idée au point de perdre le bon sens et de cesser de distinguer le noir du blanc. Le bolchevisme est un phénomène pathologique passager, une crise de rage dans laquelle la majorité du peuple russe est actuellement tombée."

Puis, plus loin, le père de Sroubov continue en serrant la main de son bourreau Ika, avec une extrême indulgence, page 98 :

"Je te souhaite une rapide guérison. Crois-en un vieux médecin, crois-moi comme lorsque tu étais écolier et que je soignais ta scarlatine, ta maladie, celle de tout le peuple russe, est certainement curable et il viendra un temps où elle s'en ira sans laisser de traces, pour toujours. Pour toujours, parce qu'un organisme qui a traversé une maladie fabrique suffisamment d'anticorps contre elle. Adieu."

Ensuite, Sroubov relit une de ses monstrueuses pensées qu'il a griffonné sur un morceau de papier, en comparant la Terreur sous la Révolution Française et sous LA Révolution Bolchevique, lors d'interminables rapports sur ses interrogatoires, page 117 :

"En France il y avait la guillotine, les exécutions publiques. Chez nous c'est le sous-sol. L'exécution secrète. Les exécutions publiques entourent la mort d'un criminel, même le plus dangereux, d'une auréole de martyr, de héros. Elles font de la publicité, elles donnent une force morale à l'ennemi. Elles laissent à la famille et aux proches un cadavre, une tombe, les dernières paroles, les dernières volontés, la date exacte du décès. C'est comme si le supplicié n'était pas entièrement détruit.
L'exécution secrète, dans une cave, sans aucun élément de spectacle, sans l'annonce du verdict, la mort soudaine, produit sur les ennemis un effet accablant. C'est une machine énorme, impitoyable, omnisciente qui happe soudain ses victimes et les absorbe dans son hachoir. Après l'exécution, on ignore la date exacte de leur mort, il n'y a ni dernières paroles, ni cadavre, ni même une tombe. Il n'y a que le vide. L'ennemi a été entièrement détruit."

C'est incroyable ! Dans ce récit, encore un fois, rédigé en 1923, Zazoubrine poursuit la "réflexion" de son personnage Sroubov, de façon tragiquement prémonitoire dans ce que les deux Totalitarismes du 20ème siècle : Communiste et Nazi, produiront comme CRIMES innommables, page 118 :

"Il est indispensable d'organiser la terreur de telle façon que le travail du bourreau, de l'exécutant ne se distingue presque plus de celui du chef théoricien. L'un dit : la terreur est nécessaire, l'autre appuie sur le bouton d'une machine automatique à fusiller. L'essentiel est de ne pas voir le sang.
Dans l'avenir, la société humaine "éclairée" se libérera de ses membres superflus ou criminels avec l'aide de gaz, d'acides, d'électricité, de bactéries mortelles. Alors il n'y aura plus de caves, ni de tchékistes "sanguinaires". De savants messieurs, l'air docte, immergeront sans aucune crainte des hommes vivants dans des cornues, des ballons géants, et à l'aide de toutes sortes de combinaisons, de réactions, de distillations, ils les transformeront en cirage, en vaseline, en huile de graissage.
Oh, quand des chimistes savants ouvriront leurs laboratoires pour le bien de l'humanité, alors il n'y aura plus besoin de bourreaux, il n'y aura plus ni assassinats ni guerres. Le mot "cruauté" disparaîtra. Il ne restera que des réactions et des expériences chimiques..."

En résumé, pour Sroubov : la notion de Révolution est une chose instinctive, rudimentaire presque primitive, en tout cas : décérébrée et sans foi ni loi, page 130 :

"Il n'y a ni peur, ni cruauté, ni interdit. Tous ces discours sur le moral et l'immoral, l'éthique et l'anti-éthique, ce sont des âneries, des préjugés. Certes, tout ce bric-à-brac est nécessaire aux petites têtes d'épingles. Mais lui, Sroubov, qu'a-t-il à en faire ? Ce qui compte pour lui, c'est empêcher une insurrection des épingles, et peu importe comment, par quels moyens."

Dans sa préface du livre, Dimitri Savitski cite quelques exemples de télégrammes envoyés par Lénine, ordonnant aux Bolcheviques d'être toujours plus durs, car il préparait en 1918 : la Terreur rouge Bolchevique et la Guerre Civile. Ces télégrammes courts, précis et pleins d'une HAINE viscérale, retranscrivent bien le style du texte employé par Vladimir Zazoubrine dans ce formidable ouvrage.
Voici donc de quelle manière Dimitri Savitski, présente Lénine, page 8 :

"En lisant Zazoubrine, on songe enfin à un troisième auteur, un maître dans le domaine du sarcasme politique et de la haine de classe : Vladimir Lénine. Et surtout à son style télégraphique, tel que Dos Passos ou Hemingway n'auraient même pu en rêver. Pour comprendre tout le réalisme de Zazoubrine, il faut lire quelques télégrammes de cet "homme le plus humain de tous les hommes", comme le qualifie la propagande du parti."

Maintenant, passons aux télégrammes de Lénine, pages 8 et 9 :

"Au camarade Zinoviev à Petrograd :
Camarade Zinoviev ! Nous venons seulement d'apprendre aujourd'hui, au Comité central, qu'à Petrograd les ouvriers veulent répondre à l'assassinat de Volodarski par une terreur de masse et que vous les en avez empêchés. Je proteste énergiquement ! Faire cela c'est nous compromettre : même dans les résolutions du Soviet nous agitons la menace de la terreur de masse, mais dès qu'il s'agit de passer à l'action, nous freinons l'initiative révolutionnaire, parfaitement juste, des masses. C'est im-pos-si-ble ! Il faut encourager l'énergie et le caractère massif de la terreur." 26 novembre 1918.

"Au comité exécutif de Penza :
Il est indispensable d'appliquer une terreur de masse sans pitié contre les Koulaks, les popes et les gardes blancs. Enfermer les suspects dans un camp de concentration en dehors de la ville. Télégraphiez exécution." 9 août 1918.

"Au camarade Fiodorov, président du comité exécutif de Nijni-Novgorod :
A Nijni une insurrection de gardes blancs se prépare manifestement. Il faut mobiliser toutes les forces, appliquer immédiatement la terreur de masse, fusiller et déporter les centaines de prostituées qui... Lire la suite ›
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4.0 étoiles sur 5 Un roman réaliste, 20 février 2012
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Tchékiste. Récit sur Elle et toujours sur Elle (Broché)
Avec le Tchékiste, il nous est donné à lire un roman réaliste sur les débuts de l'URSS.
On y voit sans fard aucun les méthodes de liquidation durant les années 1920, la brutalité nue toujours plus brutale non pas parce qu'elle est l'oeuvre de monstres assoiffés de sang, mais parce que l'idéologie révolutionnaire pousse à aller toujours plus loin. Les thcékistes - tous différents soient-ils - liquident pris dans le cadre rigide de la structure de commandement militaire et idéologique.
Ainsi c'est surtout la Révolution comme ogre dévorant comme dieu aveugle, exclusif et jaloux qui apparait en filigrane comme le véritable personnage principal. Toutefois ce dernier est censé être un chef local de la Tchéka. Il nous raconte à la première personne, son travail, ses pensées et ses relations avec les autres thcékistes. Il raconte surtout sa dévotion à "Elle", la Révolution, sa maîtresse, sa Déesse à qui et pour qui l'on sacrifie tout, dans la croyance de la vérité qu'elle porterait en elle-même. Dieu "Vérité" unique et intransigeant, qui comme Kronos, dévore ses enfants sur le principe que les liquidateurs doivent être liquidés.
Un roman court mais Incontournable sur la période, les liquidations, et la mise en place des bases totalitaires et répressives de l'URSS pendant la guerre civile, écrit par un ancien proche des évènements qu'il raconte.
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