Il faut être fou pour acquérir un pareil disque.
Un : on peut entendre le même orchestre de Leningrad, avec son chef Evgeni Mravinski, dans cette même 4e symphonie de Tchaikovsky, en particulier à Londres(1960)
Tchaikovsky : Symphonies n° 4, 5 et 6 "Pathétique". Disque magnifique et si on veut écouter cette musique, à peu près incontournable.
Deux : Rostropovitch a gravé aux Etats-Unis avec Ormandy et l'orchestre de Philadelphie une interprétation impeccable de ce premier concerto pour violoncelle de Chostakovitch
Chostakovitch - Concerto pour violon / Concerto pour violoncelle (Coll. Classics Recordings).
Et pourtant : qui peut résister à ce qu'on entend ici malgré les défauts de la captation (pour la symphonie, « caverne » du Royal Albert Hall, pizzicati quasi inaudibles au début du 3e mouvement, par moment tousseurs) ?
Rostropovitch en concert à Edimbourg (1960)= plus de prise de risque, plus de mordant, plus de fièvre. Le fauve est lâché, et le chef n'est pas en reste.
A Londres, Rozhdestvensky nous donne une très grande Quatrième(Proms, 1971). Le chef et son orchestre somptueux (les bois!) allient, comme la musique l'exige, sentiment élégiaque, et, quand il le faut, frénésie, énergie du désespoir. Admirons les épisodes de valse lente, du premier mouvement, les effets de lointain, magiques. Admirons la construction de ce film imaginaire qui alterne scènes intimes, plages oniriques et moments d'épopée. Salué par un public en délire, le finale à réveiller les morts laisse l'auditeur sonné, grisé, comblé. Partout est transcendée la vulgarité qui guette cette musique, et sa sincérité est mise à nu. Comment ne pas aimer ce Tchaikovsky haut en couleurs, jusqu'au-boutiste, qui assume sa sentimentalité, et parle à l'auditeur une langue énergique, rude et savoureuse.