Intelligent programme qui regroupe les trois ouvertures-fantaisies composées par Tchaïkowsky d'après Shakespeare.
Si "Roméo & Juliette", l'un des plus grands chefs-d'œuvre du répertoire romantique, a depuis longtemps conquis le public occidental, en revanche, "Hamlet" et "La tempête" méritent d'être mieux connues.
"Hamlet" synthétise toute la tension tragique de la pièce éponyme, et offre notamment un thème fort réussi pour dépeindre Ophélie : la mélodie s'élève avec mélancolie mais n'arrive pas à s'achever harmonieusement et produit un effet "bancal", qui traduit avec habileté la folie menaçant l'héroïne.
"La tempête" comprend l'un des plus beaux thèmes d'amour ciselé par le compositeur russe. Surtout, l'introduction et la coda demeurent uniques dans toute l'oeuvre de Tchaïkowsky : c'est une description de l'immensité de l'océan, proprement impressionniste par sa délicatesse et sa subtilité d'orchestration, qui démontre que le compositeur russe pouvait tout transcrire en musique. Surprenant et merveilleux !
Quant à l'interprétation, elle est impressionnante par sa grande vivacité et sa puissance maîtrisée, alliées à un sens des nuances qui ne manque pas de subtilité, sans oublier un phrasé fluide qui fait chanter la ligne mélodique : Dudamel, malgré sa jeunesse, fait preuve d'une maturité artistique exceptionnelle ! Il sait faire ressortir les nombreuses richesses de l'orchestration luxuriante du grand compositeur russe, dont il nous restitue le génie dramatique dans toute sa verve expressive !
Et l'orchestre des jeunes Vénézuéliens, splendide, aux sonorités charnues et d'une grande clarté d'ensemble, répond au quart de tour au jeune chef charismatique, partageant son enthousiasme débordant et, tout simplement, son amour pour cette si belle musique !
Grâce à ces artistes, j'ai redécouvert "Roméo & Juliette" dont le chef recrée les différentes atmosphères avec un sens dramatique hors du commun : ainsi, je n'ai jamais entendu l'introduction aussi mystérieusement recueillie, en un profond sentiment religieux, tandis que les passages décrivant les combats des Capulets et des Montaigus éclatent d'une violence saisissante, et que les scènes d'amour vibrent à souhait !
Mieux que Toscanini, Karajan, Gergiev et Abbado !
Un jeune chef qui promet !
BRAVISSIMO ! ! !