Critique
Crâne rasé en revendication de son universalité, la petite chanteuse jette un coup d’œil par-dessus son épaule (onze années après avoir été lauréate du Prix Découvertes de RFI), et mesure, à l’aulne de son indépendance d’artiste, et de femme, le chemin parcouru.
La Malienne, fille de diplomate, expatriée de l’Arabie Saoudite à la Picardie, dédie son quatrième album à son compatriote Ali Farka Touré, et c’est bien plus qu’une convention. Entourée de Steve Shehan (percussionniste, tiers du Hadouk Trio, et compagnon de Paul Simon ou Wasis Diop), du guitariste Sébastien Martel (partout chez lui là où vit la musique, qu’elle soit de jazz – le groupe Caroline - ou du monde), ou du fantasque Marcel Kanche (pour la composition d’une chanson), la jeune femme a acheté une guitare, et l’a courtisée, pas pour la violence, mais bien la couleur de l’électricité, cette sensualité, qui, à pas feutrés, scande désormais sa musique. Le cheminement émancipateur la conduit également à visiter
« The Man I Love », comme un salut à travers les années et les continents, d’une princesse à une reine (Billie Holiday).
Pour le reste, Rokia Traoré, belle dans son chant, et douce, discrète et pudique, offre les plus belles vocalises de l’époque, comme le triomphe modeste d’une artiste sûre de la maturité de son art. De son groupe ethnique (bambara) au reste de l’univers, la même étincelle.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
ROKIA présente avec ce disque les dernières avancées d'un univers qui a déjà profondément modifié le regard que l'Occident peut porter sur la musique africaine. " J'avais besoin d'un nouveau départ ", explique Rokia. " J'avais besoin de me sentir de nouveau comme quelqu'un qui commence sa carrière. J'adore expérimenter, essayer de faire les choses différemment. C'est ce que j'ai fait en intégrant le son de la guitare Gretsch dans mon univers et en développant ma musique à partir de ce qu'elle m'amenait de différent. " Le résultat est un album plein de surprises. Un seul titre n'est pas de la plume de Rokia : une somptueuse version, totalement revisitée, d'un grand classique de Billie Holiday, " The Man I Love ". Une chanson bouleversante qui commence à la manière d'un blues crépusculaire, permettant à Rokia, dans un style à la fois sombre et intimiste, de démontrer (en Anglais) toute l'étendue de ses qualités vocales, pour s'accélérer progressivement jusqu'à se métamorphoser en une extraordinaire séquence de scat africain. Comme écrin à sa voix cristalline, l'orchestre réunit la guitare Grestch et le n'goni, ce tout petit luth d'Afrique de l'Ouest qui depuis ses débuts fait partie de l'univers sonore de la chanteuse. Pour en arriver là Rokia a consenti à un bouleversement spectaculaire de son univers musical, remplaçant des instruments traditionnels comme le xylophone ou le balafon par une section rythmique occidentalisée et mettant la réalisation de l'album entre les mains d'une équipe européenne (le mixage étant notamment confié à Phil Brown, qui a déjà travaillé avec des artistes comme Talk, Talk, Robert Plant, Robert Palmer ou Bob Marley). Au final " Tchamantché " s'impose sans conteste comme l'un des événements de l'année.