Faire précéder le "Te Deum" par la marche de timbales de Philidor le Jeune annonce l'apparat louis-quatorzien qui s'empare de cette fastueuse exécution captée en l'église Notre-Dame du Travail (octobre 1988).
La souplesse du dessin rythmique, la chaleureuse étoffe chorale et instrumentale, l'éclat des trompettistes, l'élan (maîtrisé !) des lignes polyphoniques qu'assume l'équipe de William Christie communiquent un immédiat sentiment d'adoration, de jubilation intenses : non pas cérémonie hautaine, mais exultation sensuelle.
Cet hymne d'action de grâce pourrait alors aussi bien autocélébrer la gloire de la suprême interprétation que nous offrent les Arts Florissants : écoutez l'exaltant « Pleni Sunt coeli et terra » !
Semblable émotion rayonne de la "Missa Assumpta est Maria" : même si la solennité s'y montre plus grave, Christie en souligne somptueusement la virtuose écriture à six voix et obtient une agilité vocale aussi grisante que sidérante (le Gloria !)
Dans une partition si intimiste que les "Litanies de la Vierge" qu'accompagnent sobrement deux violes & continuo, les huit chanteurs déploient ici un opulent décor de ferveur.
A ma connaissance, voilà un des plus grands et séduisants enregistrements consacré à Charpentier et au répertoire baroque sacré français.