Seattle, 1973. La population est en émoi. Des jeunes femmes disparaissent, semaine après semaine, avec une inquiétante régularité. Que deviennent-elles? Mystère! La police piétine. La presse se déchaîne. Même si on ne parle pas encore, à l'époque, de serial killers, chacun en est secrètement convaincu: il y a un monstre en liberté. Mais ce que personne, alors, ne soupçonne, c'est que ce monstre se dissimule sous la plus inoffensive des apparences, celle d'un jeune étudiant en droit aussi intelligent que raffiné:
Ted Bundy.
Il faudra attendre 1975 pour que celui-ci, à la suite d'un contrôle routier parfaitement fortuit, soit finalement confondu. Condamné dans un premier temps à quinze ans de prison, il s'évade de façon rocambolesque. Repris peu après, il s'évade derechef, semant à nouveau les cadavres dans son sillage. Mais sa cavale sanglante s'arrête définitivement le 16 février 1978, à Pensacola, en Floride. Onze ans plus tard, au terme d'une série de procès hautement médiatisés au cours desquels il assurera sa propre défense,
le pire tueur en série de tous les temps est finalement électrocuté...
Depuis lors, films et livres se succèdent, qui essaient, chacun à sa manière et avec plus ou moins de succès, d'expliquer l'inexplicable. Matthew Bright, lui, n'y va pas par quatre chemins puisqu'il nous raconte ici le parcours de Bundy à travers les yeux de ce dernier. Parti-pris audacieux et dérangeant car il met souvent le spectateur dans une position, sinon de complice, du moins de témoin impuissant. Inutile, en tout cas, de chercher dans ce film une once de compassion à l'égard des victimes. Ce qui intéresse le réalisateur, c'est de rentrer dans la tête de Ted, de l'accompagner au plus près dans sa folle odyssée meurtrière. Impartiale, dépassionnée, la caméra de Bright suit Bundy pas à pas, nous offrant tour à tour ses deux visages, ses deux personnalités, son côté Jekyll et son côté Hyde. Il va sans dire que certaines scènes sont assez difficilement soutenables. Meurtres, nécrophilie, cannibalisme: tout y passe, rendu avec un réalisme d'autant plus glaçant que Michael Reilly Burke, dans le rôle-titre, est épouvantablement crédible!
Mais la partie la plus éprouvante de ce film, curieusement, est le dernier quart d'heure, qui décrit minutieusement les préparatifs de l'exécution de Bundy, puis nous fait froidement assister à ladite exécution en temps réel et en gros plan. Vu les crimes abominables de Ted, on ne devrait ressentir à son égard aucune pitié, et pourtant, en le voyant griller sur la chaise électrique, j'avais presque envie de compatir à son sort! Etrange pouvoir du cinéma qui, pour un peu, transformerait un bourreau en victime...