1994. Deuxième opus de l'ami Black, au top de sa prolifique forme : pas moins de 22 titres expédiés en moins d'une heure, comme à la grande époque pixisienne. Et quels titres ! Le facétieux farfadet nous prouve encore une fois qu'il a su garder son âme d'enfant, tel un gamin génial lâché sur une scène avec moyens infinis et open bar.
Cet album peut se visiter comme un musée rendant hommage au rock, sous toutes ses formes : du rock classique à la country en passant par le rockab', le punk, j'en passe et des plus bizarres. De toute façon, c'est maîtrisé : là où l'on aurait pu craindre un beau bordel, on obtient simplement le meilleur album de Frank Black.
A noter : assez peu présent sur le précédent album, Joey Santiago (re)devient pour quelques morceaux le lead guitariste du groupe, au plus grand plaisir des fans des Pixies (dont je suis).
Mais ce n'est pas tout : guitares à l'honneur, basses vrombissantes à gogo, piano, synthés, trompettes ! Tout y est, et tout est plaqué au bon moment, car Frank Black est un génie de la composition, qu'on se le dise. Une démonstration de force, un coup de maître.
Dissection rapide et en règle de la galette :
On démarre sur les très punks "Whatever Happened To Pong ?" et "Thalassocracy" (3 minutes à elles deux !), on enchaîne sur la très mélodieuse "(I Want to Live on an) Abstract Plain" et le refrain imparable de "Calistan". On alunit assez rapidement sur la planante "Speedy Marie", puis on se réveille sur le tube de l'époque "Headache", balancé comme une décharge électrique. On reprend son souffle avec "Sir Rockaby". Pas pour longtemps : les 2 gros morceaux de l'album arrivent : le sublime "Freedom Rock" et l'enragé "Two Reelers" (quelle brutalité !). Après, pour se poser, le reggae (si, si) "Fiddle Riddle". Mais point trop de calme : on sautille sur l'ultra-saturée (et très "pixisienne") "Olé Mulholland". Quelques superflues plus tard, on dévisse une nouvelle fois avec la fort bien plaquée "Superabound", la lourde et rocailleuse "Big Red" et l'énergique et planante "White Noise Maker". Pour finir, la très bonne "Pure Denizen of the Citizens Band" et l'énervée "Bad, Wicked World". "Pie in The Sky", qui conclut l'album, a le mérite d'avoir un nom incongru.
Toujours des paroles de ouf (au hasard "my best friend he's the king of karaoke" sur "Calistan"), et cette damnée voix d'une rageuse douceur incomparable, qui monte et descend sans effort (c'en est indécent).
C'est simple : "Teenager Of The Year" est le disque étiqueté "emergency only" dans ma collection, d'une créativité inépuisable et renouvelable, celui qui me redonne la patate pour un siècle de plus à chaque écoute.