« Exploite toutes les possibilités de chaque instrument, cela remplira de joie l'interprète et tu en tireras du plaisir... »
C'est ainsi que Georg Philipp Telemann concevait ses concertos, dont il écrivit plus d'une centaine bien qu'il avouât que leur composition n'ait pas toujours coulé de source.
Difficile en effet de trouver un style propre dans un genre qui était alors sous l'emprise des maîtres italiens.
Reinhard Goebel revisite ici six concertos, où les solistes sont la flûte traversière, qui n'allait pas tarder à devenir l'instrument "galant" par excellence, mais aussi le concertino de 3 hautbois, 2 chalumeaux (l'ancêtre de la clarinette), la trompette, ou l'audacieux mélange flûte à bec/traversière et trompette/violon.
Il est inutile de disserter sur la qualité de l'interprétation de la "Musica Antiqua" de Cologne et de ses virtuoses : Wilbert Hazelzet est aussi véloce que poète, et son duo avec Michael Schneider dans le presto du Concerto en mi mineur, est grisant jusqu'à l'extase.
Tandis que le finale du Ré majeur, où les pistons malicieux de Friedemann Immer rivalisent avec l'archet enfiévré de Goebel, vous expose à un redoutable risque d'accoutumance : impossible ne pas l'écouter en boucle...
Depuis vingt ans, cet album indémodable suscite une incurable addiction que l'on peut heureusement prévenir en se mithridatisant avec d'autres disques du Baroque allemand par les mêmes artistes : notamment la "Wassermusik", ou les "Dresden Concerti" de Heinichen. Sans oublier leurs "Brandebourgeois" furibonds qui affolent toujours le rythme cardiaque...