< EXERGUE (post-scriptum le 14 mars 2012) : j'ai initialement rédigé et publié le commentaire ci-dessous pour l'interprétation par l'Ensemble Concerto Amsterdam (ASIN : B001FQ72GS). Ce même commentaire apparaît aussi sur la page de l'interprétation par le Concentus Musicus (ASIN : B002QZPVD8) sans que j'en sois responsable. >
Livrée en deux cent six exemplaires par souscription dans toute l'Europe de 1733, la "Tafelmusik" se diffusa auprès de l'aristocratie, de la bourgeoisie éclairée et des mélomanes fortunés qui trouvèrent là matière à agrémenter leurs banquets... bien qu'on ne saurait réduire ce grand oeuvre à sa vocation épulaire.
Par le genre comme par le style, Telemann y cultive la réunion des goûts français, italien et allemand.
Traversière, hautbois, violon et violoncelle apparaissent comme solistes des trois "Production" chacune structurée en Ouverture (avec introduction majestueuse et série de danses de Cour), Quatuor, Concert, Trio, Solo et Conclusion qui reprend l'effectif initial.
La Production II s'enrichit de basson, trompette, flûte à bec et viole. Deux cors (« tromba selvatica » dit la partition) s'invitent aussi dans le Concert en mi bémol majeur (Production III) dont l'écriture homophone et la forme-sonate (allegro) regardent vers le classicisme à venir.
Le présent coffret réédite l'intégrale qu'enregistrèrent Frans Brüggen et son équipe amstellodamoise entre février 1964 et janvier 1965.
Quatre décennies ont passé ; comment entendre aujourd'hui cette admirable entreprise alors que le répertoire baroque a évolué vers une approche incisive, dégraissée telle que l'illustrèrent Reinhard Goebel et ses vigoureuses troupes de Cologne dans leur version de 1988 (DG/Archiv), exacerbant le contraste instrumental ?
Considérant les critères actuels, et sauf le respect, on doit avouer que les tutti des cordes semblent ici bien épais et raides (les trilles...), articulant selon la vieille école.
Pour le reste, le style a magnifiquement supporté l'épreuve du temps, notamment dans les nombreuses pages chambristes qui forment le coeur du recueil, ici honorées par un panel d'éminents virtuoses (Anner Bylsma !)
L'écoute de la Production II est une inépuisable source de délectation : les pistons agiles de Maurice André illuminent l'Ouverture (éblouissant Presto) ; les traversos de Frans Vester & Joost Tromp s'entrelacent voluptueusement au blockflöte de Brüggen dans le Quatuor ; le violon de Jaap Schröder nous enivre dans le Solo qu'égrène le théorbe d'Eugen Dombois.
Certes empesée par la grasse pâte d'archets néerlandaise, la Suite en si bémol nous promène dans le succulent jardin de Cocagne (Bergerie, Postillons, Flaterie, Badinage...) qu'épicent les anches de Lilian Lagaay et Ad Mater.
L'opulente rondeur des cors de Hermann Baumann & Adriaan van Woudenberg est restituée par le volumineux relief de la captation sonore.
Cette généreuse interprétation de la "Musique de Table" trouvera toujours à régaler maintes oreilles et demeure une enviable adresse discographique.
Notons finalement que Teldec a aussi réédité la décapante version de
Nikolaus Harnoncourt et son Concentus Musicus de Vienne.