La publication de l’édition officielle – et répertoriée - des chansons inédites, versions alternatives, ou mélodies rares consignées dans quelques bandes originales de films, et autres prestations publiques du plus important chanteur du XXème siècle, se poursuit donc par l’une des périodes assurément les plus ésotériques, voire désabusées, de Dylan.
Quinze années où, non seulement l’Américain comprend de moins en moins le monde dans lequel il évolue, mais dont il finit par se soucier comme d’une guigne, et au cours desquelles il enregistre, avec des succès et réussites divers, quatre albums :
Oh Mercy (produit en 1989 par Daniel Lanois, et représenté ici par sept chansons, comme de subtiles révélations),
World Gone Wrong (un Grammy Award en 1993, et un
« 32-20 Blues » en cadeau inédit ici),
Time Out of Mind (album du come-back en 1997, ici à l’honneur avec six mélodies), et
Modern Times (en 2006, album de la réconciliation définitive avec fans et critiques, simplement représenté par deux versions alternatives).
Les vingt-sept chansons de ce double album, où prédomine une instrumentation acoustique riche en dobro, mandoline, harmonica, et autre steel guitar, inverse magistralement la course du temps, pour un artiste qu’on pensait ranger dans les poubelles de l’histoire, et confirme que le nouveau millénaire s’est traduit pour lui par un indubitable regain de forme. Certes, la voix (particulièrement pour les prises de concert) dénote quelques faiblesses parfaitement compréhensibles. Mais notre homme est roué, et sait distiller les émotions (de la raillerie la plus acerbe à un romantisme attendri, insoupçonné chez lui) avec une magnitude qui se rie des déficiences ténues de la technicité.
La période de
Time Out of Mind, en particulier, démontre que Dylan a, sans conteste, recouvré les sommets de l’inspiration. Au chapitre des raretés pointent une version live datant de 1982 de
« The Girl on the Greenbriar Shore », un duo avec Ralph Stanley, légendaire chanteur de bluegrass (
« The Lonesome River »), une version en concert de
« Ring Them Bells », captée au Supper Club de Manhattan en 1993, et les plus de huit minutes de
« ‘Cross The Green Mountain », extraite de la bande originale du film
Gods and Generals, avec Robert Duval, se déroulant à la veille de la Guerre de Sécession (en pleine americana, donc, concept, attribué à une partie de la culture américaine, qu’on croirait inventé pour Dylan).
Ayant décidé d’être immortel après son accident de motocyclette, Dylan choisit désormais d’apprivoiser le temps, évoquant aujourd’hui sur des musiques d’hier. Vingt ans des coulisses d’une carrière foisonnante, autant d’éternité.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story