New Canaan, Connecticut, USA. L'année 1973. Une tempête de glace, phénomène météorologique rare, menace la ville, comme une métaphore des bouleversements à venir.
Le roman, sous la plume d'un narrateur qui ne dévoile son identité qu'à la dernière page, retrace cette nuit de tempête, parsemée d'événements comiques, dérangeants ou funestes, qui entrainera l'éclatement d'une famille américaine à l'apparence d'une classique famille banlieusarde.
Avant la modernité, avant le fax et les ordinateurs, avant le punk-rock, sur fond d'affaire du Watergate, c'est ainsi à l'autopsie de l'Amérique et de la Famille Américaine que s'attelle avec jubilation Rick Moody, dans un style mélangeant avec fluidité et inspiration comédie et drame.
Les soubresauts du mouvement hippie et libertaire mettent à mal les valeurs traditionnelles, si bien que l'organisation de soirées échangistes légitime les infidélités. Victimes collatérales du désarroi et de la confusion de leurs parents, les enfants en quête de repères, à peine adolescents, expérimentent avec détachement et désenchantement la drogue, le sexe, l'alcool.
Le parfum de l'époque est retranscrit avec soin, on s'y croirait, grâce à une multitude de détails qui parsèment le récit, de l'émergence du glam-rock aux BD des Fantastic Four en passant par les programmes de télévision ou la description qui ne lasse pas de surprendre des vêtements à la mode alors.
Le roman, court, aux saillies drolatiques mais au fond assez déprimant, dépeint par touches subtiles le vide abyssal de la vie de banlieue, la quête désespérée d'un sens à l'existence, dans un monde incertain et hostile, ainsi que les conséquences de ces atermoiements pour une génération déboussolée.
NB : Une adaptation a été réalisée par le cinéaste Ang Lee mais je ne l'ai pas vue.