La crise financière dont on répète à l'envi qu'elle est la pire que l'Occident ait connue depuis 1929-1930, est l'occasion pour Michel Serres, d'établir le plan-coupe et le sujet de son dernier livre intitulé « le temps des crises » ». Selon lui : « la crise financière et boursière qui nous secoue aujourd'hui, sans doute superficielle, cache et révèle des ruptures qui dépassent dans le temps, la durée même de l'histoire ».
Selon l'auteur, cette crise révèlerait des ruptures plus profondes comparables à celles des plaques basses qui se brisent lentement, mais sûrement, dans les abysses tectoniques. Si vraiment nous vivons une crise, au sens fort et médical du terme - pic qui, à partir de la défection d'un organe, lance le corps ou vers la mort ou vers une nouveauté qu'elle le force à inventer - alors, selon Michel Serres, « nul retour en arrière ne vaut et les termes relance ou réforme sont hors de propos ». Si, comme lui, on opte pour une crise profonde, toute reprise est inenvisageable, car, équivalente à une répétition, elle nous précipiterait à nouveau, en cycle, vers une situation critique semblable à celle qu'a connue notre pays au XIXe siècle : « autant de restaurations autant de révolutions ».
Il faut donc inventer du nouveau ; ce qu'il se propose de faire. Ne se prétendant « ni économiste, ni spécialiste de la monnaie », il pense simplement « que l'écart entre les chiffres atteints par le Casino volatil de la Bourse et la réalité, plus lourde et lente, du travail et des biens, écart mesurable en euros et en pourcentages, équivaut à la distance qui sépare le spectacle médiatico-politique et une nouvelle condition humaine ».