4 ans voire même plus, que Terra Incognita est sorti (2001). 4 années d’écoutes intensives et acharnées, et jamais cette ahurissante perfection n’a osé s’altérer sous le regard interloqué des mes tympans, ou si peu, tellement peu. Mais comment ont-ils réussi ? Quelle admirable insolence ! C’est d’une évidence accablante, Terra incognita reste un album de perfections, autant de brutalités que de raffinements, où se mêle souffrances, joies, bestialité, douceur, primitivisme, et spiritualité. Cet album dénote avec tout ce que j’ai eu l’habitude de voir ou d’entendre auparavant. Ca ne ressemble à rien d’autre, indéniablement. Et j’appuie bien sur le fait de ‘voir’, car encore une fois, Gojira semble comprendre que la musique ne se limite pas à quelques notes chiadées, mais qu’elle peut aussi faire référence à des images, des ambiances, des atmosphères, qu’elle peut jouer avec nos sens, et nos émotions. Comme si en somme, la musique prenait une autre dimension, qu’elle remplissait le vide. Les teintes choisies dans ce digipack bien que classique à la noirceur chérie du métal brutal, reste travaillées. Artwork sobre, mais empli de sens. Cet homme replié sur lui-même peut évoquer tout un tas de délires fantasmés, tous les élément de cet album pourraient être des indices, des réponses, et nous emmener vers quelle chose de secret, à nous de déchiffrer les sens/ l’essence même. Je ne suis même pas hébétée quand j’apprends que Joe (chant) est de la famille du formidable photographe Alain Duplantier. (Y aurait il un lien avec ce talent visuel ? Possible puisque le clip de l’album a été réalisé par Duplantier lui-même !) L’esthétisme de cet album est pour moi quasi parfait. Loin des clivages récurrents d’un métal brutal, Gojira exprime simplement une ambivalence d’émotions avec une esthétique sobre mais efficace.
Mais là où le bas blesse, c’est que musicalement ils atteignent aussi une autre dimension. Ils transgressent, pénètrent ailleurs. Le rendu global de l’album reste un death lourd, techniquement incroyablement irréprochable, et mélodiquement orgasmique, … Oui… je l’avoue cet album est sans doute un des meilleurs albums que je n’ai jamais entendu dans le style métal brutal. Et le pire dans tous ça, c’est que même si je n’ai pas l’envie d’écouter du brutal, cet album s’impose, et se glisse avec insolence, il est bon, et gracieux, à n’importe quel moment, il reste unique. C’est que terra incognita est différent, brutal oui, mais aussi humain, palpable, sensible, étonnant, torturé, paradoxal, et très complexe, c’est sans doute pour cela que je n’arrive pas encore en être lassée. Prenons par exemple ‘ Satan is a lawyer’ le 3eme morceaux de l’album : un mélange aéré, subtil, fusionnant lourdeur de riffs, et double pédale déchaînée, ce qui donne une architecture musicale novatrice, et bien vue. De plus les morceaux s’enchaînent comme les prises de vues dans un long métrage. Il n’y a pas d’accrochage, c’est exquis. Tout le long de l’écoute, on est plongé ailleurs, là où les images accordées nous guident. Il suffit de fermer les yeux pour entrer dans une salle de cinéma, ou même d’être le héros de son propre long métrage. Cet album respire la vie dans toutes ses complexités, tantôt arrangements lyriques, tantôt ultra brutal. Et tout ça avec une habileté arrogante.
Je dirais … simplement que c’est odieusement orgasmique.