J'ai aimé ce livre pour son ambiance inouïe, une ambiance aux cinq sens. Ce triangle tragique nous transporte dans des paysages luxuriants ou angoissants, paisibles ou meurtriers. Les cris des soldats et les hurlements silencieux des amoureux cinglent nos oreilles comme autant de chants et de poèmes. Nous dévorons les destinées de ces trois innocentes victimes en sentant les odeurs de cuisine, en grelottant dans l'humidité de la jungle. Le nez pique, l'estomac se contracte, l'½il larmoie, les lèvres soubresautent, le larynx s'assèche, les cordes vocales vibrent à libérer un rire salvateur. Nous restons subjugués de tant de beauté.
J'ai aussi aimé ce livre pour ce qu'il corrige mon idée (préconçue) du Viêt-nam, pour ce qu'il ranime ma flamme (paresseuse) de femme libre, pour ce qu'il rééquilibre mes forces (inquiètes) entre le devoir et la justice, pour ce qu'il confirme (et retourne) l'opinion publique, pour ce qu'il évoque la quête (irrésistible) de libertés dans une société pétrie de coutumes morales et de principes politiques. Nous ne sortons pas indemnes de ce voyage, qui n'a rien de romanesque.