Stevie Ray Vaughan incarne bien davantage qu’un guitariste sudiste, et virtuose. Il est le responsable direct, dans les années quatre-vingt, de la renaissance mondiale du blues. Après avoir illuminé de sa guitare nerveuse et liquide l’album
Let’s Dance de David Bowie, son premier album (grâce à l’intercession du producteur John Hammond Sr.), enregistré en moins d’une semaine, revitalisera une scène exsangue.
Texas Flood est exactement conçu comme le concert d’un groupe méconnu, mais énergique, dans une petite salle. Deux compositions originales, à la tension salutaire, ouvre le bal, et sont suivies d’autant de reprises (un standard d’Howlin’ Wolf, et la chanson-titre, empruntée au répertoire de Larry Davis et Joseph Wade Scott), largement aptes à préciser les racines du jeune guitariste, alors âgé de vingt-neuf ans.
La version du classique de Buddy Guy (
« Mary Had A Little Lamb ») fera le tour du monde, et c’est le genre de nouvelles qu’on aimerait recevoir plus souvent. Le salutaire de l’entreprise reste que, malgré une invraisemblable kyrielle d’assistants producteurs, et autres directeurs artistiques, le virtuose n’a accepté à ses côtés en studio que le batteur Chris Layton, et Andy Schwartz à la basse, ce qui ouvrent des espaces sonores, mais interdit définitivement les à-peu-près.
Les esprits chagrins ont reproché à Vaughan de ne rien apporter de nouveau au blues, en tout cas pas depuis les trois King, B.B., Albert et Freddy, alors qu’il apportait, justement, sa jeunesse, sa fougue, son amour pour le blues, et sa connaissance dans l’idiome.
Texas Flood, départ en fanfare d’une carrière tragiquement interrompue sept années plus tard, stationnera plus d’un an – exemple unique pour un disque de blues - dans les classements des meilleures ventes du genre.
L’album intègrera le Top 40 des charts américains, et le single
« Pride And Joy » connaîtra un parcours jugé rétrospectivement comme salutaire (20ème position) dans les hit-parades de sa catégorie.
Texas Flood constitue un jalon indispensable à la discothèque idéale de tout honnête homme.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story