S'il est un album à écouter de SRV c'est bien celui-ci. Du blues musclé et sur-vitaminé ; autant être averti. Passqu' écouter SRV le soir avant de s'endormir, c'est pas une bonne idée. Ecouter SRV sans écouter, en bricolant, en surfant sur amazone ou au lit, c'est pas génial non plus. L'écouter dans sa voiture, ça peut vite énerver aussi, la concentration que nécessite une conduite consciente ne permettant pas de faire 2 choses en même temps. L'idéal dans ces contextes, c'est encore d'écouter de la musique baroque. Avec elle on peut tout faire ou ne rien faire, écouter attentivement, ou pas, ça passe toujours, ça apaise l'âme et l'esprit. Donc, SRV ça s'écoute très scrupuleusement, avis aux imprudents, car c'est un tel flot de pentatoniques (majeures et mineures...) et de riffs que ça peut en devenir étourdissant. Alors autant comprendre ce qui se passe. Car, si on n'est pas de la partie on pourrait penser qu'il suffit d'aligner notes après notes et que cela fonctionnerait malgré tout pourvu qu'on reste dans les clous. Raisonner ainsi est le fait d'une écoute dilettante. L'attentif, lui, criera au génie car tout est parfaitement construit et en place, il se délectera de Riff subtils et énergiques, de soli tantôt rageurs (testify) tantôt espiègles (Mary had a little lamb) sensibles ( Lenny) ou encore primesautier (i'm crying, pride and joy) et, eureka, on comprendra que l'improvisation, ça ne s'improvise pas. Le solo de Mary Had par exemple est d'une subtilité qu'on ne remarque pas forcément : passage de mineur en majeur sur les penta, rythmiquement de la simple au triolet puis de la double binaire pour clore le solo de manière punchy. Ça parait facile mais le toucher de corde est admirable pour ceux qui s'y sont essayés ou pour les mélomanes avertis. Autre fait remarquable, SRV ne lâche jamais rien. On pourrait penser que sa musique est trop bavarde (triolets, sextolets, nanolets, passage du ternaire au binaire et vice-versa...) Trop bavard SRV ? Là aussi, c'est mal l'écouter : SRV ne lâche "subtilement" rien. Ses soli sont une véritable épreuve de force, on sent la sueur, sans parler du fait que ses cordes de guitares étaient quasiment des câbles de vélos accordés un demi-ton en dessous (pour ne pas risquer de tordre le manche ?) car c'était injouable dans la tonalité du La 440. Un demi-ton en moins, cela rajoute une couleur, un son particuliers propre à SRV. Hendrix, au contraire, jouait avec des tirants très légers plus adaptés à son jeu aérien. Ma préférence va certes à Hendrix (un vrai artiste qui prenait de vrais risques un brin déjantés parfois, mais c'était un pur, et puis un mythe) SRV est plus construit, mais avec la rage et la sueur, c'est pas mal non plus. Pour les amateurs de blues, ou tout simplement de bonne musique. Et pour ceux qui aiment je ne saurai trop leur conseiller ces 2 albums : Couldn't stand the wheather et In Step, dans la même veine et du même SRV.