Encore un chef-d'oeuvre de Pasolini.
Poétique, mystique, révoltant, subtil, intelligent, littéraire, sulfureux, glauque, politique et satirique.
Quelques réserves sinon sur le traitement même si on sent un réel travail. Ce côté néo-réalisme (et pas baroque comme j'ai pu le lire) est trop présent à mon goût et peut-être Pasolini aurait dû se concentrer sur la ferveur (exemple : le "viol consenti" selon moi de la bourgeoise aurait dû être montré plus subtilement encore).
Autre chose : je peux comprendre aussi qu'on puisse s'em... à la vue de ce film, justement à cause peut-être de ce traitement "néo-réaliste" (même si on est loin des plans fixes inutiles quand même) mais pour des raisons qui m'échappent encore, j'ai été "happé" par les subtilités nombreuses, les références, la lecture biblique de l'existence, ses aspirations au scandale.
Pasolini choisit toujours très bien ses bandes sonores. Ici, en plus de Morricone, c'est du Mozart mais ce n'est pas plaqué gratuitement ; en témoigne cet accompagnement "funèbre" sur ce cri final qui résonne selon moi comme une vision matérialiste de l'enfer : la bourgeoisie errante, sans âme, qui revient à la terre, à Adam (=le terreux). La figure du "Christ du mal" en la personne de Terence Stamp, étonnamment silencieux, est très troublante : la perversion s'établit par le geste, la présence, et le toucher. La déchéance de cette bourgeoisie qui s'emmerde ajoute enfin à une vision politique de savant sur le rôle de cette classe sociale et son goût morbide pour l'anthropophagie. Quand le patron sort cette phrase "Qu'arriverait si je décidais de me dépouiller de tout et de donner mon usine aux ouvriers ?", nous sommes au sommet de la vision sociologique, loin, très loin des lieux communs, parce que Pasolini travaille cette déchéance du vide. "Théorème" est un véritable système de déstructure et de structure. Puissant.