Cet essai philosophique de Michel Onfray s'organise autour de trois parties majeures dans lesquelles demeure proposée une théorie du corps amoureux conçue sur le mode de l'alternative au déni de la chair promu au rang de dogme par la pensée judéo-chrétienne. L'économie du discours invite à cet égard à mettre en perspective les philosophies antiques pour mieux saisir le sens de sa propre vie, d'un rapport à soi-même et à autrui revisité sous l'angle d'une généalogie du désir, de la logique du plaisir et de la réhabilitation du contrat épicurien.
La singularité du propos d'Onfray repose ici sur la dynamique du bestiaire. L'auteur disserte en l'occurrence sur la représentativité philosophique de nombre d'animaux mis en exergue par les penseurs de l'Antiquité tels que le carrelet, le poisson masturbateur, l'éléphant monogame, le pourceau épicurien ou encore l'abeille grégaire et en tire la substance de son argumentation ou, au contraire, de sa contre-argumentation en faveur d'un développement discursif tout entier orienté vers la célébration d'une érotique solaire. Reprenant tour à tour, à la façon d'un portraitiste, la teneur éthique et esthétique de chaque animal précité dans le cadre de son association étroite avec tel système de pensée, l'auteur élabore simultanément une analyse de leurs défauts et de leurs qualités et confie leur préférer la figure du hérisson célibataire ; une occasion pour lui de formuler son attachement à la liberté du corps et de l'esprit : « Or les auteurs de fables, amateurs d'animaux pour exprimer des types, des caractères, des tempéraments, devraient retenir le hérisson qui exprime au plus près les vertus de prudence, de prévoyance et de calcul hédoniste [...] Pour sa part, le hérisson refuse tout autant le mimétisme avec les parages que la violence du prédateur car il préfère une sagesse véritablement hédoniste : éviter le déplaisir, se mettre dans la position de n'avoir pas à subir le désagrément, s'installer dans la retraite ontologique. Ni disparaître, ni attaquer, mais se structurer en forteresse à partir d'un pli dans lequel il préserve son identité. »
En outre, Michel Onfray tient pour une éthique du plaisir qui se fonde sur l'égalitarisme et le consentement tels que le suggèrent Ovide dans
L'art d'aimer et Épicure dans son contrat engageant la relation intersubjective sur la voie du respect de l'autre et de l'hospitalité érotique. L'auteur se réclame en effet de l'héritage de ces deux philosophes, prenant acte de leur détermination à promouvoir l'égalité entre les sexes et la pratique d'un Éros léger sous-tendu par les valeurs du féminisme : « Le libertinage dont je cherche les formes augurales chez Ovide trouve également une formule essentielle dans l'égalitarisme : antidote à la mysoginie judéo-chrétienne, il propose un féminisme débarrassé de ses scories inégalitaires [...] Contre l'impossible altruisme du genre chrétien - qui oblige à une relation inégalitaire où je suis moins que l'autre -, le défenseur du contrat hédoniste veut un commerce égalitaire et païen où autrui compte autant que moi, ni moins, ni plus. » Citant la poétesse Sappho, Onfray ajoute : « Sappho exprime l'évidence de l'entropie et l'inéluctabilité de la mort. De cette sapience tragique, elle induit une théorie du temps présent, de la vie entendue comme oeuvre d'art, du quotidien destiné à transfigurer le réel selon le principe des jubilations respectives. »
Enfin, manifestant sa volonté de pragmatisme et de vitalisme, l'auteur considère que toute philosophie est avant tout une pratique, une application de principes. La philosophie doit être la matière d'une expérience concrète de la vie qui sert le projet autobiographique et la réalisation de soi : « Je n'imagine pas la philosophie, dit-il, sans la vie philosophique, et la vie philosophique sans le roman autobiographique qui l'accompagne, la rend possible et témoigne de l'authenticité du projet. »