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4.0 étoiles sur 5
Rêve, révolte, réalité, 4 décembre 2011
Encore un ouvrage qui paraîtra incompréhensible à celui qui a oublié ou n'a pas appris ce qu'était la société jusqu'aux trois quarts du XXème siècle, et plus encore ce qu'était la société de province avec ses convenances et ses qu'en dira-t-on étouffants.
Thérèse a tenté d'empoisonner son mari (elle aurait aussi bien pu se tuer elle-même...) : la famille la disculpera pour éviter le scandale judiciaire mais la condamnera à l'incarcération dans la maison de famille, avant que son mari ne décide, vu son obstination, de la mettre en liberté (ou de l'abandonner ? Dans tous les cas, elle a plus de chance que Camille Claudel !). Mais quel monstre est donc cette femme qui se désintéresse de son enfant ?
Parfois dans la tête de Thérèse, parfois de l'extérieur, Mauriac nous fait suivre dans une langue simple et claire le parcours psychologique de ce désespoir et de cet étouffement dans les convenances conjugales de la bourgeoisie de province. Des grands pins des Landes aux grands boulevards parisiens, les mécanismes de la pensée sont subtilement compris et analysés même si Mauriac dans sa préface avoue avoir du mal à comprendre et maîtriser le destin de son héroïne.
Un roman qui brille par sa brièveté et sa complexité
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31 internautes sur 39 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
"j'ALLAIS VOUS RéPONDRE; JE NE SAIS PAS POURQUOI J'AI FAIT ç, 18 février 2002
Par Un client
Ce commentaire fait référence à cette édition : Thérèse Desqueyroux (Broché)
Ce qu'elle a fait est d'échouer à tuer son mari;et n'est-ce pas son vrai "crime"?; son pere, un homme de politique l'a sauvée de la guillotine par un "non-lieu"; ce qui suit est un des plus beaux romans du xxe s. Ce qui suit est l'anéantissement systematique d'un vivant; etre humain. Cela se passe dans les annees 20 ou bien avant mais le message de ce livre reste toujours fiable. Tres facile a lire est tres interessant, ce livre nous montre la Therese qui,est un peu vivante dans nous tous...moi je n'ai rien vu a critiquer c'est tres bien ecrit et je vous conseille de le lire.Je ne suis pas francais mais j'ai eu de la chance en lisant ce roman. Merci et pardonnez moi les fautes de grammaire etc.moi je crois que ce livre a ete tres bien ecrit.
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12 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
crime et conséquences, 5 octobre 2010
On a coutume d'étiqueter Mauriac "écrivain catholique". Personnellement, c'est une expression qui me chagrine. D'abord parce qu'elle est réductrice, ensuite parce qu'elle exhale un insidieux parfum de prosélytisme. Bien sûr que la Foi occupe dans l'oeuvre mauriacienne une place essentielle, mais elle n'en est pas pour autant le thème unique, et quoi qu'il en soit jamais au grand jamais je n'ai eu le sentiment, en lisant Mauriac, qu'il cherchait le moins du monde à me convertir.
Non, tel Bernanos, tel Julien Green, Mauriac est tout simplement un merveilleux romancier, un psychologue de premier ordre qui excelle à fouiller d'une plume élégante les âmes les plus noires ou les plus exaltées. Ah, que d'heures magnifiques j'ai passées en sa compagnie, à déguster sa prose délicate et à me passionner pour ses personnages tourmentés! Demandez-moi quel est son meilleur livre et je vous répondrai sans doute
Le Noeud de vipères. Mais demandez-moi lequel je préfère et je vous répondrai: celui-ci!
A sa publication, en 1927, Mauriac a 42 ans. Ecrivain reconnu et célébré, il compte déjà à son actif plusieurs belles réussites comme
Le Baiser au lépreux ou
Le Désert de l'amour. Pour "Thérèse Desqueyroux", le voilà qui s'inspire d'un fait divers authentique, l'histoire d'une femme qui a tenté d'assassiner son mari à l'arsenic. Sur cette trame criminelle qui inspirera également
Simenon quelques années plus tard, Mauriac bâtit un roman qui n'a rien de policier, mais se dévore pourtant comme un véritable suspense.
Fi de l'empoisonnement! Fi de l'enquête! Fi du procès! Le livre s'ouvre directement sur le non-lieu de Thérèse, comme si Mauriac voulait nous signifier d'entrée de jeu que l'aspect trivialement judiciaire de l'affaire ne l'intéresse pas. Non, ce qu'il veut, c'est comprendre le pourquoi intime des choses, la genèse du mal, le processus mental par lequel une épouse ordinaire se métamorphose en apprentie meurtrière. Pour y parvenir, il va entrer dans l'âme de Thérèse, l'accompagner dans son introspection, remonter le cours de sa vie pour mieux établir la généalogie de son geste criminel.
Ce livre est un magnifique portrait de femme, un portrait qu'on dirait peint de l'intérieur, tout en clairs-obscurs, sans aucun sentimentalisme, à la manière d'un Rembrandt. Mais c'est aussi le portrait à charge d'une certaine bourgeoisie de province, étouffante, étriquée, rétrograde, engoncée dans ses traditions et ses préjugés. Le véritable crime de Thérèse, en fin de compte, le plus impardonnable, ce n'est pas tant d'avoir voulu tuer son mari que d'avoir, ce faisant, tenté de s'évader de la prison sans barreaux à laquelle son mariage la condamnait. Tout au long du récit, on sent bien, à la manière dont il en parle, que Mauriac est du côté de son héroïne, qu'il la comprend, qu'il compatit à son destin. Il s'attachera d'ailleurs tellement à elle qu'il la fera revenir sous sa plume, huit ans plus tard, dans
La Fin de la nuit.
Mince par son volume, ce livre est immense par l'humanité qu'il dégage et admirable par la qualité de sa prose. Une prose en apparence humble, dépourvue d'effets, mais dont la simplicité même recèle des trésors de sensibilité. Certaines pages de ce roman sont parmi les plus émouvantes que j'ai jamais lues.
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