L’année 2010 aura été sans conteste l’année Drake. Aubrey Drake Graham, neveu du légendaire Larry Graham (bassiste de Sly & Family Stone), et jeune acteur (23 ans) d’une série télévisée à succès au Canada, la terre natale de ce métisse de culture Juive et Noire. Repéré par Lil Wayne, qui le prend sous son aile, le rappeur chanteur enchaîne d’autorité les hits majeurs, en mixtapes et en singles, avant de décrocher la place de n°1 des charts US la semaine de la sortie de ce premier album encensé par la critique et chéri par le public.
L’ample « Fireworks », enchanté par la voix d’Alicia Keys lance les hostilités et le bal des parrains célèbres : Jay-Z, Kanye West, T.I., The DReam, Swizz Beats, Lil Wayne, Timbaland viennent prendre la suite d’Eminem qui avait déjà décroché un hit en compagnie de l’espoir et délivrant qui un refrain, qui une production, qui un featuring, histoire d’être, encore et toujours, là où ça se passe. On s’abstiendra de crier au génie, mais il faut constater que l’homme apporte un souffle d’air frais au marché. Dans une atmosphère musicale éthérée et cousine du fameux 808 & Heartbreak de Kanye West, Thank Me Later est pour le chanteur rappeur un véhicule à l’introspection habillée de sonorités synthétiques plutôt inouïes.
Au lieu de jouer les matamores et les studio-gangsters, comme il est de rigueur, Drake parle de lui, s’interroge sur sa gloire immédiate et les pièges qu’elle recèle, et quand il touche au sujet imposé des filles, plutôt que d’aligner les clichés machos, il décrit les relations compliquées qu’il entretient avec ces demoiselles. Armé d’un gang de metteur en son, il propose de la musique urbaine dans une nouvelle définition : pas de nourriture pour les clubs ici, mais des down tempos, une ambiance paresseuse, des effets sonores subtils, une recherche permanente sur les moyens de créer des sonorités différentes. Même dans « Fancy », quand il convoque en T.I. eu peu de la flamboyance sudiste, il évite le calibrage pour livrer un titre tout en ruptures, tempos ralentis et phrasés aqueux.
Plus on avance dans cet album, plus on est hypnotisé par cette langueur obsédante, cette intimité cotonneuse avec un artiste qui semble vous murmurer à l’oreille ses affres de superstar à la lassitude créative. Coup d’essai réussi, dans les grandes largeurs.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story