On le sait depuis douze ans : ces Champs-Élysées là séduisent presque davantage dans la vieille Europe (on se souvient de leur participation à l’hommage à Serge Gainsbourg, ainsi qu’à l’album
A Bird On A Poire de Jean-Louis Murat) que dans leur pays d’origine. Comme si leur rock sombre, tellurique, et marginal, forcément marginal, convenait peu à l’instantanéité de l’
American way of life. Donc comparés dans leurs efforts initiaux à Mazzy Star ou à The Cowboy Junkies, Elysian Fields sort un sixième album en profil bas, après avoir été remercié par leur label, et s’être frotté au fantasque producteur Steve Albini. L’illustration du livret (de la main même de la chanteuse Jennifer Charles, et on nous pardonnera d’y scruter un éventuel autoportrait), dans son exposition directe, annonce que, même dans la pénombre de rythmes lents et mélancoliques (une seconde nature chez le groupe), ce sont le désir, la sensualité – et leur rémission dans la mort - qui constitueront les moteurs de l’album. Le chant en gorge profonde (et de velours) de la vocaliste y contribue plus souvent qu’à son tour : sur ces tempi rampants (
« Someone ») on a le sentiment d’être spectateur d’un effeuillage morbide dans un piano bar de New York City.
« How We Die », qui débute l’album, reste comme la signature archétypale de ce faux groupe (et authentique unité duelle) : quelques maigres notes de piano comme une comptine rêveuse, et, très vite, s’impose ce chant onirique et répétitif jusqu’à l’hypnose, charnellement soutenu par la basse d’Oren Bloedow, seconde moitié de ce duo qu’est désormais devenu Elysian Fields. Mais il serait erroné de conclure à une uniformité des climats : ici, un saxophone ténor triomphant (Bloedow a frayé avec The Lounge Lizards) laisse place à des guitares grasses et réverbérées. Là, une harpe fantasmagorique (
« Drown Those Days ») encadre amoureusement une histoire d’alcool et de femme perdue, puis s’évanouit devant une atmosphère presque légère de piano stride narquois (
« Turns Me On »). Et on veut bien courir sur la plage de Copacabana aux sons de
« Only for Tonight » (qui débute comme une bossa nova brésilienne, mais se poursuit en un tango martial des faubourgs de Buenos-Aires). D’autant que
The Afterlife s’achève par un chant à deux voix où le couple fait des choses tendres, et douces, et rêveuses, en public. A cet instant précis, on s’arrête, essoufflé, et on contemple le disque : ça y est, on est encore amoureux…
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story