Le troisième album de Yes marque un tournant important dans la carrière du groupe qui connaît enfin le succès international. Peter Banks, parti fonder Flash sans grand succès, est remplacé par Steve Howe qui a quitté le groupe psychédélique Tomorrow. La direction musicale devient plus progressive avec des plages approchant les 10'.
Le disque est composé de 4 grandes plages entrecoupées de deux plus courtes et plus simples comme si Yes avait voulu que l'auditeur reprenne son souffle après un tel voyage musical.
" yours is no disgrace" est un morceau puissant dont l'introduction est très rythmée ; les harmonies sont fouillées et les voix en ch½ur très travaillées ; les changements de tempo et de climat sont fréquents. Déjà la guitare de Howe fait merveille en variant les sonorités, de l'électrique à l'acoustique.
"The Clap" est une pièce acoustique de style picking prise sur le vif qui devrait ravir les amateurs de Marcel Dadi.
"Starship trooper" est un morceau à tiroirs dont la basse au début se distingue par son vibrato, sonorité curieuse et originale. Le morceau vire carrément au folk dans un tempo plus rapide puis de beaux arpèges de guitare à la Beatles nous ramènent vers l'ambiance du début jusqu'à l'apparition de trois accords de guitare répétés en crescendo avec l'ajout progressif des autres instruments ce qui provoque une tension qui débouche sur un sublime solo final de guitare aérien et inspiré de Steve Howe.
"I've seen all good people" est très plaisant surtout dans sa partie acoustique et son chant à plusieurs voix ; l'orgue d'église lui donne une touche solennelle. La deuxième partie passe brutalement au rock plutôt bien charpenté avec la même mélodie que le refrain du début.
Derrière la simplicité de la mélodie de "A Venture" se cache une orchestration des plus fouillées ; d'abord le piano et la guitare très jazzy, alors que la batterie multiplie les rythmes syncopés et la basse exécute une partition qui n'est pas de tout repos.
"Perpetual change" porte bien son titre car les changements de climats sont incessants apportant de nouvelles surprises à chaque étape. Steve Howe se montre encore à son avantage en changeant constamment de guitare et de sonorités. D'ailleurs il ne passera plus inaperçu car aux classements annuels des meilleurs guitaristes Rock son nom figure déjà aux côtés des Jimmy Page, Richie Blackmore, Alvin Lee, Eric Clapton et bien d'autres...
Le remaster de 2003 a ajouté 3 bonus tracks dont les 2 premiers étaient des versions single de « Your Move » (« I've seen all good people ») et de « Starship Trooper » depuis longtemps introuvables ; de quoi satisfaire les collectionneurs complétistes. Et pour terminer, une version studio de « The Clap » ; même si on préfèrera la version « live » car plus vivante, on ne crachera pas dessus car elle a des variantes intéressantes par rapport à celle que tout le monde connaît.
Enfin signalons, une fois n'est pas coutume, l'excellent travail de Rhino que ce soit au niveau de son remaster irréprochable et supérieur aux éditions précédentes, ainsi que la richesse du livret incluant pour la 1ère fois les paroles de tous les morceaux en plus des notes biographiques signées Bill Martin, éminent spécialiste de Yes et de rock progressif.
En conclusion c'est du très grand Yes, sans faiblesses avec une grande variété de climats, de rythmes, de sons relativement abordable après quelques écoutes. C'est le premier d'une grande série de 7 albums exceptionnels. Cet album n'est pas aussi développé que les suivants mais il devrait satisfaire pleinement ceux pour qui Rock Progressif est synonyme de remplissage redondant, emphatique et prétentieux. Le côté progressif laisse ici une large place au rock et personne ne s'en plaindra.
Un Must !