D'après Wikipedia, Fugazi est une expression de GI (nul n'est parfait) utilisée pendant la guerre du Vietnam, qui signifie littéralement : "Fu**ed Up, Got Ambushed, Zipped In", qu'on pourrait traduire par "je suis dans la panade jusqu'au cou, fichtre".
Pour ma part, cette expression se justifie pleinement, car l'écoute de chaque album de ce groupe de post hardcore né en 1987 a changé ma façon de percevoir le monde. Et je crois bien que "The Argument" est le meilleur moyen de découvrir l'étendue de leur talent, du moins le moyen le plus accessible (et ce n'est pas un défaut, croyez-le bien).
Ian MacKaye, le meneur charismatique de l'ensemble a réussi malgré une politique commerciale surprenante (concerts à 5 dollars l'entrée, albums peu chers, zéro merchandising) mais tellement punk, à faire de Fugazi une référence. La notoriété du bonhomme chèrement acquise avec le précurseur "Minor Threat" et le talent ont fait le reste.
Fugazi, c'est aussi un duo qui marche bien : MacKaye / Picciotto : guitare chant et chant guitare : des génies qui s'accordent à merveille. Sur ce vilain jeu de mot, je précise que Fugazi est l'un des rares groupes qui a contribué à réhabiliter le rock, tout en le mâtinant d'un son expérimental, noisy, syncopé à mort et sans prétention, un peu à la manière des Pixies ou encore de Sonic Youth, privilégiant la dissonance au conformisme pop, introduisant ça et là mélodies progressives et saturations inspirées.
Pour les ceusses qui connaissent le reste de leur discographie, on peut dire que "The Argument" est plus doux, moins punk, mais toujours Fugazi, selon la méthode d'un groupe sans concession qui a toujours remis en question tous ses acquis, parfois au détriment du succès. Ici, chaque morceau est un univers : des groovy "Oh" et "Cashout", en passant par les monstrueux "Full Disclosure" et "Epic Problem", violents à souhait et distillant des riffs désarçonnants par leur génie, avec bien entendu des titres plus calmes, éthérés, comme "Life and Limb" et "Strange Light". "Expectator" repose essentiellement sur une batterie syncopée à souhait. Tout ça pour finir le disque (et la carrière nom de nom) sur un "The Argument" parfait de simplicité et de qualité mélodique.
Sans doute l'ultime disque de punk, ni plus ni moins.