John 5, régulier comme un coucou suisse, sort son 5e album, occupant toujours une niche musicale sur laquelle il co-règne avec Vai et Satriani : la galette instrumentale vouée à la 6 cordes (et autres instruments à cordes). Satch évolue dans un registre mélodique facilement abordable, crée des titres immédiatement mémorisables, et son succès n'est plus à mettre en douter. Vai, dont le succès est également indubitable, évolue lui dans un registre plus barré, s'étant posé comme presque l'anti-thèse de son mentor précité. Et voilà qu'a déboulé John 5, passé chez de nombreuses pointures comme équipier, et depuis 5 albums patron chez lui-même, aux commandes de son concept. Car John 5 n'est pas qu'un gratteux de plus, il est bel et bien un concept, qu'il a forgé en passant chez Marilyn Manson et Rob Zombie notamment, qui ont donné écho à ses tendances ténébreuses et lui ont permis d'évoluer pleinement. Chez Zombie, il occupe notamment une place de plus en plus prépondérante, ayant eu sur le dernier opus ("Hellbilly Deluxe 2") les coudées franches pour composer à son aise, le patron étant retenu sur ses tournages horrifiques.
Nouveau pôle du champ guitar hero, donc, il se positionne sur un autre style que Satch et Vai, son arme de prédilection étant la Fender telécaster. Son style à lui, c'est, comme je le disais, le ténébreux, avec toujours un clin d'oeil à la country fun et speed. Ses compos, axée sur de savantes rythmiques parfois électro, mais souvent cybernétiques, sont claires et précises, et évoluent dans un univers noir qui rappelle inévitablement Manson et Zombie, sans non plus s'y cantonner.
L'écoute de cette nouvelle galette confirme donc la pertinence de l'existence en solo d'un tel artiste, qui a réellement quelque chose à dire, sans se contenter de descendre des manches à vitesse supersonique (ce qu'il fait très bien, cela va sans dire), ce qui peut vite devenir chiant.
Alors bien sûr, seuls les très rares génies parviennent d'un album à l'autre à évoluer en permanence en proposant de la haute qualité standard. John 5 propose sur "Malice" une large palette d'influence, une fois de plus, mais ne se révolutionne pas lui-même... on lui en voudrait presque de le feire, d'ailleurs, car lui seul propose ce style. Par contre, il affine grandement ses compos, beaucoup moins brutes que depuis son 1er méfait, le bien nommé "Vertigo".
Nous avons donc droit à des titres costauds, garnis de riffs plombés et sombrement lumineux, soutenus par des rythmiques à la limite du technoïde, qui se marrient parfaitement aux lignes de guitares qu'il distille savamment.
Mais nous avons également droit à ses pièces comico-virtuoses que sont ces revisites du style country, à vitesse grand V, qui redonnent au style campagnard un second souffle, surtout grâce à ce feeling ténébreux en toile de fond.
"Malice" est donc fort réussi, et mérite amplement ses 4 étoiles... non pas 5, car l'on reste sur la lancée de ses prédécesseurs, et donc l'effet de surprise est passé. Mais le talent demeure.