Créé par Darlene Hunt pour Showtime (‘Les Borgia’, ‘Brotherhood’, ‘Dead like me’, ‘Californication’, ‘Dexter’, ‘Nurse Jackie’, ‘Queer as folk’, ‘Les Tudors’, ‘United States of Tara’, ‘Weeds’), ce feuilleton en 4 saisons et 40 épisodes de 25mn tourne bien sûr autour du grand Crabe qui entre dans la vie par la grande porte, en l’occurrence à un stade déjà avancé, de la quadragénaire et coincée mère de famille Cathy (la formidable Laura Linney, vue dans ‘The Truman show’, ‘Dr. Kinsey’, ‘La famille Savage’ et ‘John Adams’), professeur d’histoire de son métier, qui vit avec sa petite famille (un mari immature -le canadien Oliver Platt, vu dans ‘Dr. Kinsey’, ‘A la Maison-Blanche’, ‘Nip/Tuck’, ‘Frost/Nixon’, ‘2012’ et ‘X-men, le commencement’-, un fils ingrat et insupportable et un frère asocial et marginal qui vit dans les poubelles et est un peu le « bing de son bong ») à Minneapolis et qui décide du coup de brûler la chandelle par les deux bouts...
Avec aussi Gabourey Sidibe (qui fut la révélation de 'Precious) dans le rôle d'une élève obèse rebelle que l'héroïne essaie de faire maigrir et surtout progresser dans sa vie, l'immense Brian Cox dans le rôle du père de l'héroïne, Cynthia Nixon ('Sex and the city') dans celui d'une ancienne amie d'études enceinte du frère bipolaire de l’héroïne,
Durant la première saison, Cathy s’est tue : petits plaisirs (comme de manger à nouveau des oignons, ce qu’elle n’avait plus pu faire depuis seize ans, parce que son mari n’en supporte pas « l’odeur d’excréments »), redécouverte de soi (qui est passée par la séparation d’avec son époux, qu’elle a mis à la porte parce qu’elle n’avait pas envie de devoir s’occuper de deux enfants à la fois, et par la reprise en main de son fils, qu’elle a mis au pas), construction d’une belle piscine dans son jardin, achat d’une voiture de sport décapotable, épilation intégrale (!) ont alors ponctué sa vie plutôt solitaire : à part son jeune, original, sympathique et compatissant médecin et une voisine revêche qui a, petit à petit, pris une importance considérable dans sa vie, personne ne savait ; ni sa famille, ni ses amis, ni ses collègues de travail ; et du coup, évidemment, personne ne pouvait comprendre...
Dans cette deuxième saison, les masques sont tombés : son entourage sait désormais ce qui arrive à Cathy, qui, malgré un premier traitement qui n’a rien donné, a retrouvé l’appétit de vivre ; plus combative que jamais, elle se trouve un nouveau médecin (l’excellent Alan Alda, 76 ans entre-temps, qui œuvra notamment dans ‘MASH, la série télévisée’ entre 72 et 83, mais aussi dans ‘Crimes et délits’ ou ‘Meurtre mystérieux à Manhattan’ de Woody Allen comme dans ‘A la Maison-Blanche’), qui l’inclut dans un programme expérimental. Marlene, la si chère voisine -qui s’est suicidée à cause de son Alzheimer-, a laissé sa maison à Cathy -qui l’offre à son frère qui va devenir papa-, tout en continuant -en tant que fantôme désormais- d’apparaître à notre héroïne et de conseiller celle-ci ; le fils de Cathy fait enfin montre d’émotion depuis qu’il a découvert le garage rempli de cadeaux pour ses futurs anniversaires et Noëls ; quant Mr. Mari, qui s’est littéralement transformé en perle à vous faire venir les larmes, il ne la quitte plus sa si chère et tendre…
Réussi mélange de rires et de larmes (la fin du dernier épisode de cette deuxième saison vous terrassera !), ‘The big C’ est un ‘comédrame’ de la meilleure veine -pour ne pas dire carrément exceptionnel- et d’une grande liberté de ton qui ne s’interdit rien (et surtout pas les plaisanteries du plus mauvais goût, comme il se doit dans un feuilleton Showtime). Loin des béni-oui-oui de toutes les chapelles et de leur grandes théories qui sont censés apporter le réconfort et ne provoquent le plus souvent qu’encore plus d’angoisse, ce feuilleton sur les rêves qui s’éclatent sur le mur de la réalité a fait le choix d’en rire, non pas bien sûr pour s’en moquer, mais plus simplement pour aider à s’en sortir.
Emouvant portrait d’une femme en pleine crise existentielle, bénéficiant d’une écriture subtile, d’une belle liberté de ton et d’une interprétation tout en nuances, ‘The big C’ est, sur un sujet difficile et délicat, porteur d’un message bénéfique évident : et si nous prenions la peine de nous poser quelques questions quant à ce qu’est notre vie avant que de nous retrouver au pied du mur ? Si vous aussi éprouvez la nécessité de suspendre un peu le temps, vous savez où vous adresser !