Décidément, les temps changent. Les mêmes personnes qui, en 1990, avaient accusé Nick Cave d’avoir vendu son âme avec
The Good Son (un disque de ballades au piano, quelle horreur !) ont salué avec enthousiasme la sortie de
The Boatman’s Call en 1997 (un disque de ballades au piano, quelle splendeur !).
Pour être tout à fait juste, il faut reconnaître que les temps ne sont pas les seuls à avoir changé : durant ce même laps de temps, Nick Cave lui-même a considérablement évolué, au point d’apparaître comme le reflet inversé de celui qu’il était sept ans plus tôt. En effet, si
The Good Son offrait l’image troublante d’un homme apparemment heureux, mais en réalité profondément torturé,
The Boatman’s Call est l’œuvre d’un homme apaisé qui se laisse aller à la mélancolie.
Nick Cave y dresse le bilan de ses échecs amoureux passées, notamment avec Viviane Carneiro (qui lui avait en grande partie inspiré
The Good Son) et PJ Harvey (avec qui il venait de vivre une brève aventure), à travers douze chansons lentes, recueillies et solennelles, qui évitent soigneusement les registres du désespoir ou du pathétique. En appui de ces chansons, les Bad Seeds, sévèrement tenus en bride, vont parfois jusqu’à s’effacer totalement (
« Into My Arms », où seule une basse discrète a droit de cité, ou l’étonnant
« Black Hair », en duo voix-harmonium) pour mieux mettre en relief les peines de leur leader, lui-même d’une sobriété exemplaire tout au long de l’album.
Le résultat est une œuvre désarmante de sincérité et d’évidence, délivrée avec une autorité impressionnante, et dont les sommets les plus élevés (
« People Ain’t No Good »,
« There Is a Kingdom ») élèvent le chanteur au niveau d’un Leonard Cohen ou du Scott Walker de la fin des années soixante – ce qui donne une idée des hauteurs vertigineuses où se situe l’album.
Contre toute attente, Nick Cave donnera pourtant un descendant à ce disque miraculeux avec le superbe
No More Shall We Part (2001) – un peu moins poignant, mais tout aussi recommandable.
Thibaut Losson - Copyright 2012 Music Story
Un album sublime et dépouillé Inclus Into My Arms, Brompton Oratory, Where Do We Go Now But Nowhere? Roi gothique, chanteur possédé sur ses précédents albums, Nick Cave décidait en 1997 de livrer un album contrepied avec le sobre et inspiré The Boatman's Call. Donnant le ton, la chanson Into My Arms reste aujourd'hui une de ses plus émouvantes et introduit parfaitement cet album introspectif, où règnent en maître la voix du chanteur et son piano. Les Bad Seeds sont ici en retrait, soulignant quelques titres d'une basse timide ou d'un violon mélancolique. Loin de la furia d'un Let Love In, The Boatman's Call fait le constat des amours passées (Where Do We Go Now But Nowhere?, Green Eyes) et des liens qu'entretient Nick Cave avec la religion (Brompton Oratory, There Is A Kingdom). Puisant dans le blues et le jazz, sa voix est ici sans artifice. Remasterisé et proposé en 5.1 sur le DVD, l'album gagne encore davantage en force et en émotion. Un tournant majeur pour l'australien et ses musiciens.