Sorti en 1999, "The butterfly effect" est l'album le plus controversé de Moonspell. La première raison est qu'il est sorti après "Sin/pecado", album plutôt "soft" et relativement accessible, qui a eu un certain succès en dehors des sphères Metal/Gothique. La seconde est que, comme à la même époque, Paradise Lost avec "Host", My Dying Bride Bride avec "34%..." ou The Gathering avec "How to measure a planet", le groupe portugais se cherche un autre son et change radicalement de style. Il étonne les anciens fans - et en déçoit aussi beaucoup.
Il faut dire qu'avec cet album, Moonspell flirte avec un Metal indus aride, ultra-agressif, expérimental, et... pas trop mélodique !
Ca démarre très fort avec le génial "Soulsick" et quelques perles où se noient percus tribales, chuchotements gothiques, hurlements de possédé, ambiances planantes... Mike Gaspar, à la batterie, trouve enfin son style inimitable, mélange de brutalité et de groove ethnique ("The butterly effect"), Sergio Crestana, le bassiste, insuffle de la magie à ce groove unique ("Can't bee", seul moment de répit du CD), claviers et guitares montrent une palette sonore considérablement enrichie, et Fernando, comme souvent, est en grande forme vocale et poétique.
Mais bon, sur la longueur, ça s'essouffle vraiment, je trouve (et c'est souvent le cas des albums de Moonspell). Malgré l'étonnant "Tired" sur la fin, relecture brutale (et d'un désespoir épouvantable !) d'un passage du requiem de Mozart, la formule tourne court. Beaucoup de bruit, beaucoup d'idées peut-être, mais peu de vraies chansons.
Cet album est courageux et osé, mais il ne tient pas complètement ses promesses. Le groupe aura du mal à s'en remettre d'ailleurs, et ne cessera par la suite de revenir en arrière, quitte à tomber dans des clichés qu'il avait jusque là soigneusement évités. Restent quelques titres grandioses, et une expérience musicale hors normes. A réserver aux plus téméraires, ou à ceux qui connaissent déjà Moonspell.