The Cockpit est une série de trois OAV de 25 minutes présentant des personnages allemands ou japonais pris dans le feu de la seconde guerre mondiale, au moment charnière de leur existence.
Vol dans les Cieux:
Un aviateur allemand, ancien héros tombé en disgrâce, se voit offrir une chance de racheter son honneur: à bord d'un avion chasseur révolutionnaire, le Focke Wulf 190, il devra protéger un bombardier au contenu secret. Découvrant qu'il s'agit de la toute première bombe atomique, considérée comme l'arme décisive, cet homme sera anéanti par le doute: le rachat de son honneur se fera t-il au prix d'un pacte avec le diable, scellé par le sang de nombreux innocents ?
Un premier OAV de qualité, à l'ambiance très noire, présentant un personnage extrêmement humain qui se voit confier un rôle bien trop lourd à porter pour un simple mortel. Ses doutes relèvent d'un anti-manichéisme total qui sort complètement de la pensée commune "les soldats allemands sont l'armée du mal" pour montrer avant tout un homme, appartenant au clan ennemi mais un homme avant tout. A travers son regard, il s'agit alors de savoir s'il est prêt à assumer aux yeux de l'histoire et de Dieu le génocide qui se prépare pour retrouver son honneur et son statut de héros national, ou s'il refusera d'y prendre part, sans que l'histoire ne sache rien de son acte, et sacrifiera à jamais son intégrité aux yeux des siens. D'une certaine façon, quelque soit l'issue, il est comme condamné. Il lui reste à décider du rôle qu'il jouera.
Escadron "Fleur de Cerisier":
La veille d'Hiroshima, un assaut se prépare contre la flotte de l'armée américaine. L'Hoka, surnommé "Fleur de Cerisier" (qui tombe de l'arbre sans jamais revenir), est un missile largué par un avion et piloté par un kamikaze de manière à maintenir sa direction vers la cible jusqu'à l'impact fatal.
L'OAV présente ainsi l'un de ces pilotes kamikazes, escorté par un bataillon aérien. Il s'agit d'un jeune homme, autrefois plein de rêves pour l'avenir, dont la vie prendra fin au cours de cette attaque, laissant derrière lui nombres de regrets.
Cet OAV est lui aussi très sombre, présentant des destins scellés par la guerre, une jeunesse qui n'aura pas le plaisir de vivre pour accomplir ses rêves. Le message de Matsumoto est on ne peut plus clair: cette guerre est absurde et folle ! Elle est folle non seulement en elle même, mais aussi parce qu'elle emporte avec elle des hommes de valeur qui, sans elle, auraient eu des destins pleins d'avenir.
Matsumoto confère à son héros le design d'un jeune Albator tandis qu'un autre personnage se voit confier celui de Tochiro. Bien qu'il ne s'agisse bien sûr pas de ces personnages, on peut y voir comme une autre incarnation à travers ce jeune pilote qui admet que, s'il avait vécu trente ans de plus, il aurait voyagé jusqu'à la lune. Cette guerre ne lui en aura pas laissé le temps.
Soldats motards:
Aux îles Philippines, un bataillon de soldats japonais est décimée non loin de leur base par l'avancée des forces américaines. Seuls deux hommes survivent. Un jeune enfant soldat les rejoint alors avec son side-car pour transmettre l'appel à l'aide de son propre bataillon siégé près de l'aérodrome japonais. Un des deux survivants décide alors de faire le chemin de retour avec lui en tant qu'artilleur pour aller prêter le peu d'assistance disponible. Mais l'aérodrome est tombé aux mains de l'ennemi et dieu seul sait où le bataillon s'est replié.
Cet OAV se distingue des deux précédents pour son ton un peu plus léger, presque humoristique, dans le traitement malgré le contexte toujours aussi sérieux et dur.
Cette série d'OAV de qualité est l'une des oeuvres animées les plus personnelles de Leiji Matsumoto (Albator, Galaxy Express 999), dont la passion pour les machines anciennes, notamment de la seconde guerre mondiale (une période qui l'inspire beaucoup), se retrouve dans plusieurs de ses travaux.
Chacun de ses OAV est un hommage de l'auteur à l'une de ces machines: un avion chasseur, un avion missile et un side-car.
Et chacun d'entre eux met en avant des personnages aux caractères dans la pure tradition Matsumoto avec un sens de l'honneur et du devoir, avec aussi des doutes, des hommes confrontés à leur destin, essayant parfois de lutter contre ou essayant parfois de l'accepter, à des périodes charnières de l'histoire. Tous sont, à leur manière, des héros romantiques, des hommes de sacrifice, emportés dans la tourmente d'un monde qui ne tourne plus rond, des hommes à ne pas avoir perdu l'esprit au milieu de cette guerre qu'ils ne comprennent pas.
A noter que la réalisation est très soignée pour chacun de ces OAV, retranscrivant parfaitement l'ambiance (qu'elle soit dramatique ou occasionnellement plus légère) et l'époque.
The Cockpit est une oeuvre de qualité mais est certainement aussi l'oeuvre la moins commerciale à laquelle Matsumoto ait participé. A ce titre, je tiens à souligner le risque qu'a pris Kaze à éditer cette série, véritable oeuvre d'auteur.
Malheureusement, si l'oeuvre est de qualité, on ne peut pas en dire de même du DVD. A plusieurs reprises, pendant la lecture, des tâches (que je décrirais comme une pellicule un peu abîmée par la lumière vu la forme) apparaissent sur l'image. L'image n'est d'ailleurs pas de très bonne qualité, semblant être sortie d'un enregistrement VHS. Dommage donc que la qualité de la vidéo ne soit pas bonne (ce qui n'empêche toutefois aucunement d'apprécier à leur juste valeur ces OAV).
Le DVD dispose de deux pistes sonores stéréo: française et japonaise, ainsi que de sous-titres français (y compris pour sourds et malentendants). Les deux doublages sont généralement de qualité, les voix et l'interprétation correspondant parfaitement aux personnages ou, du moins, à leur état d'esprit.
Le DVD propose aussi quelques bonus, principalement des interviews avec l'auteur Leiji Matsumoto, avec les réalisateurs de ces OAV et avec un historien (sur le contexte de la série par rapport à l'histoire), ainsi que des galeries d'illustrations sur chacun des trois OAV.
Une oeuvre très personnelle et particulière donc (elle ne s'adresse pas à tous les publics) et de qualité en elle-même. Dommage que cette édition soit très moyenne, la qualité de la vidéo laissant vraiment à désirer.