Patricia Barber s' attaque cette fois avec une certaine audace au répertoire de Cole Porter. Les nombreux talents de la dame lui autorisent cependant cette ambition. Elle avait déjà par le passé consacré un album entier à des reprises de standards ( le suave Nightclub, paru en 2000 ). Huit années ont passé, au cours desquelles cette femme d' exception a donné naissance à des projets passionnants, composés d' un répertoire original de sa plume, aussi superbe qu' attachant ( les albums Verse en 2002 et Mythologies en 2006 ) ou mixte ( voir le décapant Live, A Fortnight in France - 2004 - composé pour moitié de ses compositions, et de reprises allant jusqu' au "Norwegian Wood" des Beatles ). Huit années au cours desquelles elle a également mis sur pied et consolidé un groupe fidèle et solide composé de Neal Alger (guitare), Michael Arnopol (contrebasse) et Eric Montzka (batterie).
Dans ce nouvel album, tout est donc joué magnifiquement avec un sens du collectif magistral. Le premier titre, "Easy to love", est repris avec tant de fraicheur et de swing décontracté, qu' il promet beaucoup pour la suite du disque.
La présence du saxophoniste Chris Potter, invité sur cinq titres, ajoute encore à la qualité de l' ensemble. Il délivre des improvisations superbes et inspirées, notamment sur les très énergiques "Just One of Those Things" et "In the Still of the Night".
Sur chaque chanson, le timbre superbe de la chanteuse, et son phrasé raffiné et sensuel font mouche. Ses talents de pianiste, arrangeuse, et la complicité qui règne au sein de son groupe font le reste. On se régale du très délicat et vaporeux "You're the Top", du canaille "C' est magnifique" ( sur lequel Patricia Barber, exceptionnellement au mélodica, se livre avec Chris Potter à une petite joute chargée de nostalgie ), du tragique et obsédant "Get out of Town", ou encore de "What is this thing called love?", qui s' achève sur des couleurs de mystères en suspens. Comment ne pas adorer également cette version de "Miss Otis regrets", réarrangée en boogie urbain délicieusement électrique ?
Pour varier les plaisirs et contenter les amateurs de son propre répertoire, Patricia Barber a ajouté au répertoire de Porter interprété ici trois de ses compositions, qui portent indubitablement sa griffe, "Late Afternoon and You", "Snow", et "The New Year's Eve song", toutes poignantes et immédiatement attachantes. Qui plus est, ces trois chansons superbement écrites ( mélodiquement et harmoniquement ) d' une sensibilité extrême, sécrètent d' emblée une évidence et un parfum de familiarité qui en feraient facilement des standards mémorables, à l' instar de ceux de Porter, ce qui n' est pas peu dire !
Un nouveau disque riche et intense donc, avec un Neal Alger toujours aussi inspiré dans son jeu de guitare varié. Il semble convoquer les héritages de Pat Metheny et Bill Frisell sur l' aigre-doux "Get out of Town", gorgé de résonances mélancoliques, ou ceux de Joe Pass et Jim Hall, lorsqu' il s' exprime superbement sur "Snow", entre autres.
Les amateurs de Patricia Barber adoreront, mais également tous ceux qui aiment voir renaitre de manière originale les chansons de l' American Song Book.