Encore un film qui nous est (presque) passé à côté au moment de sa sortie en salles. Ce qui est tout à fait dommage, puisque toute interprétation de Michael Sheen (excepté *soupir* dans la saga Twilight) est toujours bonne à prendre. The Damned United ne fait pas exception à la règle, et l'acteur est en grande forme et tout à fait crédible dans le rôle de Brian Clough, l'entraîneur un brin prétentieux de Derby County, opposé à son antithèse absolue, le méprisable entraîneur de Leeds United Don Revie (Colm Meany) dont il décide sur un coup de tête de devenir le successeur quand ce dernier se voit offrir l'opportunité d'entraîner l'équipe nationale.
Contrairement à ce que présente le résumé (encore une promo préparée par des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent), The Damned United ne raconte pas les "quarante-quatre jours légendaires de Brian Clough à la tête de Leeds United" mais bien l'enfer qu'il y a vécu, confronté à une équipe qui refuse d'adopter ses méthodes d'entraînement et sa vision noble du football, sport qui se doit de respecter un minimum les règles qui lui ont été apposées. On a donc ici affaire à une sorte de documentaire historique (bien évidemment prenant parti pour le manager idéaliste et particulièrement têtu), alternant (que ce soit avec des reconstitutions ou de grisantes images d'archive) judicieusement par flash-backs récurrents la gloire passée de Clough et sa déconfiture monumentale au sein du grand club de la Premiere League.
La réalisation de Tom Hooper est efficace, filmant avec grâce quelques petits moments de sport (beaucoup mieux, par exemple, que le récent travail d'Eastwood dans Invictus) et montrant sans ressorts mélodramatiques les grands moments de solitude du héros, de son arrogance incroyable à sa plongée dans le désespoir (avant sa remontée soudaine, car ce n'est pas non plus un drame), le tout dans une ambiance très "années 70" (les couleurs et le grain de l'image imitent le style des films de l'époque et donnent un résultat très agréable à regarder).
Le film a ainsi le mérite de traiter sans lourdeurs un sujet qui pourrait rebuter facilement ceux qui ne sont pas particulièrement amateurs de sport (j'en fais partie) mais qui est ici rendu tout à fait accessible, en se concentrant moins sur la situation des clubs que sur le personnage central, ses "idéaux" (si on peut appeler ça comme ça) et ses désillusions face à un milieu corrompu dont il ne soupçonnait pas l'existence. Un bon film donc, à la fois pour ceux qui veulent revivre l'un des plus grands moments de l'histoire du football anglais (c'est mon père qui le dit) et pour ceux qui veulent juste passer un agréable moment en compagnie d'un personnage au tempérament exceptionnel.
Pour ce qui est des bonus, je ne sais pas ce que contient l'édition française, mais dans le dvd anglais on trouve une série de très sympathiques documentaires, centrés sur le personnage de Brian Clough ou sur l'état du football anglais de l'époque, le tout raconté par un nombre assez conséquent de célèbres joueurs et entraîneurs des années soixante-dix. On trouve également, plus classique, un commentaire du film (par le réalisateur et Michael Sheen), une paire de making-of, une petite série de scènes coupées et un regroupement de quelques célèbres aphorismes de Brian Clough (des "cloughisms").