Débarqués de nulle part (Portland, Oregon) après un premier album passé totalement inaperçu, les Dandy Warhols créent l'une des grosses sensations de l'année 1997 avec ce « Come Down » étonnant, bordélique et génial. Tout commence dans une forêt de sons électriques qui montent lentement pendant une bonne minute avant que la rythmique ne se mette en place. Le son est riche et résolument psychédélique, il y a des effets partout, les guitares tournoient dans la stéréo, la basse est lourde. Arrive alors la voix traitée et fainéante de Courtney Taylor Taylor qui emmène tout dans la stratosphère. Dire que ça plane est un euphémisme ! En plus, à l'inverse de la plupart des groupes psychédéliques de ces dernières années, les Dandies ne se contentent pas de soigner leur son, ils écrivent avec ce « Be-in » d'ouverture une vraie chanson composée dans les règles de l'art.
On a à peine le temps de se remettre de cette transe de près de sept minutes que résonnent déjà les premiers accords de guitare et l'orgue « Doorsien » de « Boys Better », chanson pop incroyable sur laquelle les Dandies, en ces temps de politiquement correct, se permettent même la petite provoc' machiste drôle et crétine (« Les filles faites attention, les garçons sont meilleurs »). Tout l'art des Dandy Warhols est résumé dans ces deux premiers morceaux : à chaque nouvelle chanson qui commence, on ne sait jamais si on va tomber sur un long morceau psychédélique et planant (« Orange »), une pop song de folie (« Everyday should be a Holiday »), une ballade délicate (« Green »), voire une bonne petite surprise de derrière les fagots (l'incroyable et imparable « Minnesoter » qui dans un monde parfait aurait fait un carton monumental).
Tout au long de cet album d'une classe effarante, les Dandies gardent une attitude de branleurs patentés qui en irrite certains et qui leur permet aussi bien d'atteindre les sommets pops sidérants de l'irrésistible « Not if you were the last junkie on earth » que de conclure l'album avec deux instrumentaux sans intérêt. Mais c'est ça aussi le talent : être capable de tutoyer les étoiles et la minute d'après se vautrer en beauté. Heureusement, les Dandy Warhols ne se vautrent que très peu sur ce disque, et même si « 13 Tales From Urban Bohemia » et le petit dernier « Odditorium » sont encore plus aboutis et impressionnants, ce « Come Down » doit quand même être recommandé à tous les vrais amateurs de rock et ceux qui pensent qu'il n'y a plus de grands groupes aujourd'hui.