Pour l'intelligentsia, les 60s sont une période fabuleuse, inégalée où la jeunesse était fantastique, les élites au top et l'économie juste.
Ahahah, la bonne blague !
Heureusement, dans cette fable idyllique, il reste que les jeunes musiciens des pays riches, en particulier les anglais et les américains, ne voulaient pas de cette illusion et commençaient la subversion par une musique rebelle sans être violente.
'The Doors' arrive à point en 1967 en pleine guerre du Vietnam pour les USA, sous la mandature Johnson érigée légitime suite à l'assassinat du martyr John F. Kennedy, dans une société de consommation totale où la pauvreté n'existe pas.
'The Doors' parle donc pour cette Amérique aux dents blanches - pas seulement les dents d'ailleurs - et à la morale irréprochable.
Son chanteur, Jim Morrison, fils d'un officier supérieur de l'US Navy, enterre en un seul album, somptueux, le père, la légende, le modèle de société, au nom d'une jeunesse qui veut exister.
On commence donc en force avec 'Break On Through (To The Other Side)' complètement survolté, un son inimitable dû à l'orgue de Ray Manzarek et au rythme infernal du refrain.
La suite se moque bien du modèle US avec 'Soul Kitchen', 'The Crystal Ship' et surtout 'Twentieth Century Fox' allez savoir pourquoi. La reprise du 'Alabama Song' de Kurt Weil & Bertold Brecht est pas mal non plus.
Alors arrive le HIT, 'Light My Fire' qui vaudra à Jim Morrison une interdiction de se produire suite à une émission de TV, cette chanson devenant le symbole de la rebellion des jeunes dans les années 60, sur des thèmes multiples dont ici le sexe, tabou encore aux USA ( mais en France aussi ). Puissant, nerveux, rythmé, ce titre résume à lui seul la musique du groupe 'The Doors'.
La suite est très bonne, en particulier le politiquement incorrect 'Take It As It Comes' jusqu'à ce que Jim Morrison règle des comptes personnels dans le dernier morceau, icône de la musique des années 60, le somptueux 'The End', depuis magnifié par Francis Ford Coppola dans le film 'Apocalypse Now'.
Qu'est ce qui fait de cet album un chef d'oeuvre ? L'impression d'ensemble qui fait que les morceaux forts portent les titres plus discrets, la rebellion qui en sort, la nouveauté du son à l'époque et son originalité aujourd'hui.
Le groupe n'atteindra plus jamais ce niveau.
Il deviendra une légende du fait en partie du destin de Jim Morrison.
Une époque, les années 60 aux USA, que nous n'avons pas connu, nous apparait plus brute grace à cette musique.