Chanteur et bassiste du groupe Police (phénomène reggae-punk de la fin des seventies), Sting décide de poursuivre l'aventure en solo. Deux ans après le dernier tube de Police, la ballade "Every breath you take", voici l'ange blond de retour avec "The dream of the blue turtles", publié en 1985... Un album qui constitue la suite logique de l'aventure Police, si l'on en juge les expériences des derniers disques du trio. Ici, Sting va encore plus loin, en assumant des influences musicales qui dépassent le cadre de la pop music. Pourtant, le titre d'ouverture, "If you love somebody, set them free", premier single extrait, est un morceau offensif qui laisse présager un retour au rock. Le second titre, "Love is the seventh wave", reggae tubesque dans la lignée de Police, nous emmène en terrain connu. Mais dès la troisième plage, Sting tente une incursion réussie vers la musique classique avec "Russians", superbe texte évoquant la guerre froide, porté par une mélodie éblouissante, d'après un thème de Prokofiev. Parmi les meilleures chansons du disque, "Moon over Bourbon street" lorgne vers le jazz, et "We work the black seam" (l'un des sommets de la carrière de Sting), utilise une rythmique africaine, ce qui donne à l'album une variété intéressante. Les textes, engagés, préfigurent l'orientation que prendra le personnage dans les années qui vont suivre, en combattant les injustices comme son collègue Bono (de manière un peu trop voyante et insistante). Avec "The dream of the blue turtles", Sting nous propose un disque qui conjugue ambition et simplicité, dosage idéal qu'il aura du mal à reproduire par la suite, avec l'ennuyeux "Nothing like the sun" (1987) et l'austère "The soul cages" (1991). L'ex-leader de Police s'égarera ensuite dans une variété insipide et consensuelle, avant de se lancer dans des disques difficiles et pas toujours passionants, où il tentera de marier chanson et musique classique. Ce premier album solo constitue à coup sûr la meilleure carte de visite de Sting, artiste incontournable des années 80.