Critique
Triple album platine, classé troisième dans les charts britanniques, et en deuxième position outre Atlantique, The Dream of the Blue Turtles peut être considéré comme un début en fanfare pour la carrière solo de celui qui est déjà, à l’époque et grâce à son leadership de The Police, considéré comme une star. Le disque accueille son cortège de célébrité (le roi du saxophone jazz Branford Marsalis, et l’ancien chanteur des Equals Eddy Grant aux congas, et qui de plus prête son studio), et permet au chanteur de connaître son premier hit en nom propre (
« If You Love Somebody Set Them Free » atteindra la troisième place des charts américains). Cette marche triomphale en avant s’explique sans nul doute car ce premier effort représente une parfaite réussite en matière de rock adulte, et concerné. Les musiques sont raffinées, les instrumentistes virtuoses, et les thèmes des chansons (la menace nucléaire dans
« Russians », largement inspiré d’un thème de Prokofiev, les luttes sociales – avec l’évocation de l’interminable grève des mineurs anglais dans
« We Work the Black Seam » -, l’enfance perdue grâce à
«Children’s Crusade ») séduisent les trentenaires, c’est-à-dire ceux qui ont vieilli en même temps que le chanteur. Sting enfonce le clou en puisant l’inspiration de
« Moon Over Bourbon Street » dans les aventures du vampire Lestat, telles qu’elles furent contées par Anne Rice dans Entretiens avec un vampire. Certes, le programme entier trépigne de l’envie dévorante qui habite Sting d’être reconnu comme un authentique créateur, et plus simplement un faiseur de tubes. Mais lorsqu’il oublie de s’écouter chanter ou penser (
«Fortress »), le militant d’Amnesty International délivre une copie sensible, et séduisante.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story
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