The Dreaming, qui est le quatrième album de Kate Bush et date de 1982, marque une profonde rupture par rapport à ses prédécesseurs. Forte du succès du disque précédent Never for Ever et de ses singles («Babooshka», «Army Dreamers» …), la chanteuse dispose pour la première fois d’une liberté totale et elle va en profiter pour créer une œuvre profondément originale, sans se soucier le moins du monde de produire de nouveaux hits. Outre quelques membres de son groupe d’origine, elle s’entoure d’artistes d’horizon très divers (David Gilmour, Geoff Downes, clavier des Buggles, le bassiste de hard rock Jimmy Bain, le jazzman Eberhard Weber…) qui vont enrichir sa palette sonore. Les univers sont très variés : cabaret berlinois pour «There Goes a Tenner», aborigène australien pour «The Dreaming», folklore irlandais pour «Night of the Swallow»… mais l’ensemble demeure fondamentalement homogène et unitaire, ce qui constitue un véritable tour de force. Par ailleurs, Kate Bush atteint probablement ici la plénitude de ses capacités vocales et le travail sur les voix, dédoublées, mixées, chantées, susurrées ou chuchotées est véritablement époustouflant. Même la pochette, illustrant la chanson «Houdini», est magnifique. Aucune faiblesse notable sur cet album et des mentions spéciales pour «Pull out the Pin», le dynamique «Suspended in Gaffa», «Get out of my House» où Kate nous hurle de sortir de chez elle et surtout le somptueux «All the Love». Ce disque, probablement le plus difficile d’accès de l’artiste, n’est pas à conseiller à une personne souhaitant découvrir Kate Bush mais il constitue un jalon essentiel de la pop musique de ces trente dernières années. Grand.