David Lynch aurait pu rester un obscur réalisateur de films glauques indépendants, après un très remarqué Eraserhead, pourtant, c'est du côté d''Hollywood qu''il tente sa chance avec un second film au budget nettement plus sérieux. Le scénario d''Elephant Man, dramatique à souhait bien qu'inspiré d'une histoire vraie, est une fable qui séduit les producteurs, dont les impératifs ne parviendront pas à pervertir le réalisateur.
Angleterre de la fin du XIXè siècle. Intrigué par ce que la nature peut réserver au physique de certaines personnes, le chirurgien Frederick Treves (Anthony Hopkins, excellent) assiste à un spectacle des plus dérangeants : l''exhibition d''un homme au corps totalement déformé par d''innombrables tumeurs...' Fasciné, le docteur « emprunte » l''homme éléphant dans le cadre d''une conférence médicale et se rend rapidement compte que son sujet est la victime de très mauvais traitements. Parvenant à l''extirper à l''univers impitoyable du cirque, Treves offre au pauvre homme une petite chambre à l''hôpital. Peu à peu, il apprend que la créature a un nom, un passé et des rêves. En effet, John Merrick (John Hurt, évidemment méconnaissable), en dépit de la violence, de l''humiliation et de la douleur subies, a gardé une part d''humanité qu''il ne cherche qu''à exprimer'... Bientôt, une amitié sincère lie les deux hommes, mais le passé de John est aux aguets, prêt à le cueillir alors qu''il commence tout juste à goûter au bonheur'...
Mélodramatique à souhait, Elephant Man n''en reste pas moins une œuvre saisissante, d''abord grâce à la poésie et à l''univers résolument gothique de cette Angleterre victorienne. Ensuite, David Lynch démontre habilement qu''il sait raconter une histoire grand public tout en évitant les écueils des clichés : un casting underground (et british de souche), le noir et blanc audacieux et Freddie Francis à la caméra, grand habitué des films d''horreur de la Hammer. Ensuite, quelques subtilités magiques et proprement fabuleuses comme le maquillage de cet homme éléphant qui change à mesure que le film se déroule'... En dépit de ses huit nominations aux oscars (1981), le film (dont le producteur exécutif n''est autre que Mel Brooks) repartira bredouille, néanmoins promis à se hisser au rang de film culte.
Côté DVD... l'indigence de bonus frise l'insulte surtout quand on est fan du cinéma de Lynch... Bien que la qualité d'image et de son soit au rendez-vous, on aurait aimé que l'éditeur se fende d'un commentaire syndical... Même pas.