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Deux ans après le succès interplanétaire du real Slim Shady, la même hargne dévastatrice habite Mr. Just-Don't-Give-a-Fuck, alias Eminem. Avec
The Eminem Show, le blondinet, désormais presque trentenaire, passe à confesse et s'appesantit sur les trois femmes de sa vie : sa mère, vilipendée ("Cleanin Out My Closet"), son ex-femme, caricaturée ("Superman": You selfish bitch, I hope you fuckin' burn in hell for this shit"), et sa progéniture, adulée ("Hailie's Song"). Ce rejeton controversé de l'Amérique, qui n'hésite pas à s'octroyer le titre peu recommandé de "The worst thing since Elvis Presley", ne capitule pas. Au lieu de se vautrer dans le hip-hop mainstream, Em, rappeur blanc milliardaire mange férocement la main qui le nourrit : "If I was black I would have sold half/I could be one of your kids" ("White America"). De son flow puissant et parfois désabusé, il conte par le menu ses récentes tribulations médiatiques (une série de procès) et honnit le patriotisme post 11 septembre. Pour nourrir ses propos vénéneux, Eminem, attentif aux préceptes de son mentor et partenaire, le producteur Dre, flingue les diktats à la mode hip-hop et préfère utiliser un extrait du "Dream On" des rockers éternels d'Aerosmith ("Sing For The Moment") ou un beat disco irrésistiblement synthétique ("Without Me"). Décidemment, Marshall Mathers, aka Eminem, est bien plus qu'un monstre-rappeur de foire.
--Sabrina Silamo
Critique
Plus rien ne semble arrêter le rappeur qui enchaîne les millions de disques vendus. L’album se veut plus introspectif encore que
The Marshall Mathers LP, laissant davantage entrevoir les interrogations et failles du rappeur. Il se devait de s’exprimer, après les attaques du magazine
The Source, qui l’accusait de racisme après avoir retrouvé un ancien enregistrement d’Eminem se montrant peu tendre sur une ex-Noire.
Il fait donc le point sur les personnes déformant ses propos sur
« Cleanin’ Out My Closet », s’avère plutôt loquace à propos du gouvernement américain dans
« White America », explicite les événements durant lesquels il frappa le videur (qui avait embrassé sa future ex-femme Kim), évoque son statut de superstar du rap dans
« Sing for the Moment » ou encore ses relations avec sa fille sur
« Hailie’s Song ».
Comportant, comme dans chacun de ses albums, des paroles sulfureuses,
The Eminem Show vaudra à son auteur des représailles judiciaires à cause de celles de
« Say Goodbye Hollywood ». Le contenu se veut donc moins misogyne ou homophobe, déclenchant peu ou prou de réactions outrées de la part des diverses associations s’étant manifestées jusque là.
La production est en grande partie assurée par le rappeur lui-même, assisté de son acolyte musical de toujours Jeff Bass. Ce qui ne change rien à son succès, vendant dans le monde un petit million de disques de moins que le précédent, ce qui arrête son compteur des ventes à 20 millions.
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