Comment qualifier l'oeuvre intense et magistrale de Léonard Cohen? Ce n'est ni de la chanson, ni du rock, ni de la littérature. Mieux, c'est un peu les trois à la fois. L'artiste canadien a commencé sa carrière discographique sur le tard (34 ans) après un passé de poète et de romancier, ce qui peut expliquer la grande maturité qui émane de ses textes, très inspirés par la lecture de la Torah. Des chansons qui s'interrogent sur Dieu, sur la décadence du monde matérialiste, sur la pureté de l'amour, sur la beauté de la femme et sur la souffrance du peuple juif. Léonard Cohen est un chanteur intemporel et inimitable, qui, à la manière d'un Georges Brassens, son équivalent français, a construit patiemment une oeuvre exigeante. Pourtant, entre le folk austère et minimaliste de ses débuts, puis ses méditations au synthé des années 80, aucun album du poète canadien n'est pleinement satisfaisant. D'où l'utilité de ce double CD, compilation qui sonne comme un habile compromis entre les deux périodes, sans commettre d'oubli majeur (on regrettera peut-être l'absence d'"Avalanche" et de "Lady Midnight"). Sinon, tout y est: des hymnes de la période acoustique: "Suzanne", "Bird on the wire", "The partisan", "Famous blue raincoat" aux chefs-d'oeuvre plus récents: "I'm your man", "Everybody knows", "First we take Manhattan", "The future", en passant par des merveilles moins connues (Dance me to the end of love, The guests, Love itself). Un ensemble dense et cohérent, présenté dans l'ordre chronologique, qui constitue la meilleure porte d'entrée à ce répertoire majeur.