"La Roue du Temps" comporte 14 tomes en anglais (le double ou pas loin en français) et présente l'avantage appréciable d'avoir une fin digne de son nom, avec ce qui est parait-il un des meilleurs livres de la saga (écrit par Brandon Sanderson suite à la mort de Robert Jordan, à partir de ses notes).
J'ai hésité avant de plonger dans une telle saga (cela fait plusieurs années que les romans trainent chez moi). Je regrette de ne pas l'avoir fait avant. Chaque tome est certes ventru (compter 500 à 700 pages avec une police en petits caractères), mais pour le moment (fin du deuxième tome) je suis complètement immergée dans cet univers.
Le premier tome commence extrêmement lentement. Je me suis même copieusement ennuyée pendant les cent premières pages: foison de vocabulaire, de noms et de concepts inconnus, personnages qui semblent assez clichés (la belle magicienne, le paysan promis à sauver le monde avec ses amis loyaux, le ménestrel qui a une longue vie mystérieuse, les horribles Trollocs...). Malgré tout, j'ai plongé. Dès que le feu de l'action commence (l'attaque sur le village des Two Rivers), j'ai tout suivi quasi en apnée. Et si je n'ai lu que deux tomes en deux semaines, c'est surtout faute de temps additionnel.
Les personnages en eux-mêmes ne sont pas exceptionnels, vous l'aurez compris. L'écriture ne l'est pas plus. Mais c'est extrêmement rythmé, plein de surprises, dans un univers vaste et très bien construit, et dans un contexte "confortable". Certes on comprend vite quel est le régime alimentaire des Trollocs, mais il n'y a pas de scènes violentes gratuites, il n'y en a même pas du tout, juste un peu de description concernant les carnages découverts par les héros du roman (et encore, des descriptions pudiques). Il y a une touche de romantisme, mais aucune scène de sexe (même pas de baiser dans le premier tome).
L'histoire fait rêver: Moirane, appartenant à la guilde des magiciennes (il n'y a pas d'hommes magiciens), cherche le Dragon Ressucité ("dragon reborn") permettant de lutter contre les forces du mal. Après 3000 ans sans vrai Dragon identifié, elle pense avoir trouvé dans un village des Two Rivers, au confin du monde, sa nouvelle identité sous les traits d'un jeune garçon. Enfin, elle a identifié 3 jeunes garçons, amis, susceptibles de convenir: un berger qui possède bizarrement une épée marquée du symbole du héron (signifiant que son possesseur est un maître d'armes), un apprenti forgeron avec une hache menaçante et un jeune chien fou. Elle va les emmener avec elle dans une quête, où chacun va révéler son importante dans la trame ("pattern") tissée par la Roue du Temps.
Petite cerise sur le gâteau pour une lectrice, l'univers décrit donne l'essentiel du pouvoir aux femmes. Le pouvoir politique se transmet de mère en fille, aucun homme n'est autorisé à faire de la magie, ce sont les femmes (magiciennes, guérisseuses etc.) qui détiennent le pouvoir, dictent ce qui doit être fait...
Je pense qu'une fois les 14 tomes lus je relirai ce premier tome avec immensément de plaisir, ce premier tome est le tome de l'innocence (certes pas spectaculaire), où les trois protagonistes n'ont encore absolument pas conscience de ce qui va leur arriver, alors que le poids de l'héroïsme arrive (trop?) tôt.