La note de pochette est à ce titre on ne peut plus explicite : il s'agit d'un requiem joué par Pink Floyd et chanté par Roger Waters. Il ne s'agit pas, comme j'ai pu le lire ici d'un énième radotage de Waters concernant l'absence de son père . C'est au contraire un thème récurent que les amateurs du Floyd connaissent : l'oeuvre de Waters pourrait même être une déclinaison sur le thème de l'absence : Absence d'amour ( "If" ) , de Scrupules ( " Money"), d'une société qui protégerait ses citoyens de la folie ( tout Dark Side of The Moon) , de Syd Barrett ( "Shine On" ) , d'ambitions artistiques de son groupe ( "Wish you Were here" ).
Final Cut c'est , comme dans "Animals" , la description d'une époque sordide où le sang versé pendant les guerres ( "Southampton Dock" ) , où les sacrifices qu'ils soient Christiques ( "The Post-war dream" ) ou humains ( "Was it for it that Daddy Died ?" ) n'ont servi à rien . Les hommes disparaissent mais la guerre ne meurt jamais. Waters hurle d'impuissance, de rage , de haine le mépris des dirigeants pour la vie humaine (" The Fletcher memorial Home")
Le disque décrit avec un talent hallucinant les points de vue de chacun des protagonistes face aux conflits armés. Du soldat traumatisé par les horreurs qu'il a du commettre au nom d'une nation ( "The gunner"s dream») , à celui qui s'ennivre sans se poser de questions après avoir massacré des gosses ( " Not now John" ) jusqu'au civil qui , victime des décisions d'irresponsables politiques, meure en rentrant chez lui suite à une explosion atomique ( " 2 Suns in the Sunset " ) .
Entre temps, Waters nous livre un déchirant "Final Cut" où face à tout celà, la tentation qui s'offre à lui n'est plus la folie comme dans "Brain Damage" et "The Wall" mais le suicide ...
Musicalement les accès maniaco-dépressifs de Final Cut n' a plus rien à voir avec le Floyd . Mais celà reste un disque du groupe dans la lignée d'Animals ou The Wall . Les rythmes sont proches de " one of my turns" : un début doux et caressant aboutissant à des explosions de rage terrifiantes. Le rock critic Karl Dallas avait à l'époque souligné l'incroyable maitrise de Waters à composer un disque aussi lent. Les démos du disque attestent de manière impressionnante que l'album de Waters était déjà prêt avant sa finalisation en studio .
Ceux qui diront que Wright manque terriblement au groupe se fourvoient. Sa dernière composition ( "Shine on" ) date de 1975 , sur " The Wall" , ce sont Gilmour et Michael Kamen qui ont joué ses parties de clavier .
Enfin , le titre de l'album est effectivement un adieu de Waters à Pink Floyd mais aussi une attaque grinçante envers Alan Parker . Celui ci ne lui ayant pas laissé de droit de regard sur le film "The Wall», Waters décide de représenter au verso de la pochette, son père un poignard enfoncé dans le dos et des bobines de films à la main ....
Sur "Ummaguma" , Roger Waters hurlait sur " Careful With That Axe Eugene" ; c'est pourtant sur ce disque , à l'instar de Lennon sur " Mother" , qu'il livrera son cri primal .