Le générique de Seven c'était lui ; les ambiances glauques de
Quake aussi ; ainsi que la supervision des OST de films cultes comme
Lost Highway (David Lynch) ou
Natural Born Killers (bof) .
Auréolé d'un oscar pour
Social Network , Trent Reznor , Mr Nine Inch Nails , avait donc toute légitimité à retourner au charbon pour la troisième fois pour le nouveau film de Fincher ( qui avait réalisé un superbe clip pour "Only" ) : l'adaptation US de Millénium .
C'est effectivement bien pensé , la musique malsaine de Reznor étant tout à fait appropriée pour traduire les mésaventures sordides de Lisbeth Salander.
Habitué du format double album qu'il maîtrise parfaitement , Reznor se déchaîne ici avec un triple album : 39 morceaux ! trois heures de musique ! de quoi remplir allégrement l'intégralité de la trilogie .
Ça commence plutôt bien avec une reprise survitaminée d'Immigrant Song de Led Zeppelin . Reznor retrouve la rage et le son de
Broken. C'est Karen O des Yeahs Yeahs Yeahs qui allume littéralement l'auditeur avec sa voix de chatte sur un toit brulant .
Pour le reste l'admirateur sera en terrain connu s'il a aimé
Ghosts I-Iv : 37 instrumentaux avec des sons de synthé très soignés et la recette Reznorienne inchangée : une mélodie tourne en boucle à laquelle viennent s'ajouter progressivement des guitares à l'envers , des mélodies de contes de fées déformées , des basses tamisées avec une montée en puissance de sons distordus, des ambiances Bowie /Cure/Tangerine Dream .
Souvent la recette fonctionne : "An Itch" pourrait être du Kraftwerk sinistre , "She Reminds me of You" est un joli thème , " What If we could " , " The Splinter" auraient pu figurer sans ambages sur
The Fragile et " A Thousand details" a tout à fait sa place au panthéon des meilleurs instrumentaux de NIN.
Pourtant au fil de l'écoute survient un sentiment inédit pour le fan de NIN : l'ennui . 3 Heures c'est trop ! rien n'empêche de morceler son écoute me direz vous . Oui , pour d'autres disque sans doute , pas pour ceux de Reznor ; impossible de terminer le premier disque de The Fragile sans enchainer immédiatement avec le deuxième . Impossible de comprendre la souffrance de " Hurt" sans être passé par toutes les phases de maltraitances de
The Downward Spiral.
Or , à l'image d'"Hypomania", de "Perihelion" ou de " With the flies" , les 3 disques sont saupoudrés d'instrumentaux de 7 minutes avec des boucles interminables aux arrangements minimaux voire passe partout . Comme si Reznor avait voulu caser toutes ses compositions , ses chutes , ses démos . Un sampler et de bons logiciels ambiance vous permettent d'obtenir facilement ce résultat . C'est d'autant plus incompréhensible que Reznor s'est toujours distingué par sa technique irréprochable du studio . Je défis n'importe quel admirateur de cette OST de me dire en moins de 5 secondes quel morceau se situe sur quel disque .
Décortiquez les CDs morceau par morceau , vous y trouverez dans chacun d'entre eux une idée ou des sons intéressants . Mettez les bout à bout et vous allez vous demander si vous n'avez déjà pas entendu cela avant , confondre les titres , zappez , faire autre chose . Inimaginable auparavant ! Et quand Reznor chante enfin sur le dernier titre avec sa femme façon Evanescence vs Tori Amos , on frôle le ridicule lorsqu'il surjoue le contrepoint tragique de la voix douce de sa moitié .
Débarrassés d'une bonne quinzaine de morceaux , TGWTDT aurait pu être un nouveau chef d'oeuvre de Reznor . Peut-être que je manque de recul sur ce coup là . On a bien dit la même chose au temps du double blanc des Beatles ou de Use your Illusion des Guns .
Pour connaitre tout "le bien" que je pense des films Millenium , vous pouvez cliquez ici
Millénium 2, le film : La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette ou là :
Millénium 3, le film : La Reine dans le palais des courants d'air.