Le film de TML est typique de certains films asiatiques : ce n'est pas tant l'histoire qui compte que la manière de la raconter. Après un prélude explicatif qui sera le plus long déroulement de paroles (quelques minutes seulement) destiné à éviter à l'esprit de s'égarer dans une recherche narrative stérile, car il n'y a pas de construction dramaturgique, pas d'intrigue, on a alors les yeux et les oreilles libres de voir et d'écouter. VOIR de longs plans fixes qui permettent de détailler les décors créateurs d'ambiances sordides, d'intérieurs modernes mais dégradés, une caméra frontale qui n'est pas actrice en elle-même mais nous donne tout à voir, nous concentre sur le dedans puisque le dehors n'est que suggéré ; les attitudes des deux personnages principaux, leurs comportements bizarres, leurs gestes dont on a l'impression qu'ils sont totalement vains et au bout du compte ridicules. ENTENDRE : nos oreilles quant à elles sont sollicitées en permanence : en toile de fond des bruits d'eau se manifestant sous toutes leurs formes : eaux de pluies sempiternelles, eau de robinets qui coulent, eau de bouilloires qui chauffent, eau de canalisations, eau de chasse d'eau, fuites, pataugements d'inondations......Dans un monde qui ne parle pas ou peu, tous les bruits deviennent des dialogues, sont porteurs de sens, racontent quelque chose : portes qui claquent, rideaux de magasins qui descendent, froissements de sacs plastiques, cris des voisins, radios et téléviseurs, sonneries de portes, sacs poubelles qui dégringolent des étages, et bien d'autres encore... Mais surtout, et c'est à mon sens ce qu'il y a de plus génial, d'étonnant et de légèrement surréaliste dans ce film, les intermèdes musicaux dansés par les acteurs avec play-back : quoi de plus inattendues en effet que ces musiques sucrées en total décalage narratif, temporel (la chanteuse est une star hongkongaise des années 50/60 maintenant à la retraite) et visuel (costumes d'époque, couleurs chatoyantes, gomina et airs compassés). J'adore ces musiques copiant les modes hollywoodiennes et finalement pleines d'humour. Ces chorégraphies passant comme un rêve coloré au milieu de rien, volontairement outrées et un peu maladroites, apportent une bouffée d'oxygène dans cet univers lourd et oppressant, mais se déroulent (et c'est ce qui les rattache à la réalité filmique) dans les décors mêmes de l'action : cages d'ascenseurs, escaliers délabrés, couloirs sinistres... TSM est nostalgique de cette époque définitivement révolue et cette nostalgie passe par ces musiques.
D'autres thèmes sont récurrents : les portes, la métamorphose, la pollution, la solitude et bien sûr le trou. Omniprésent entre les deux appartements, symbole aux multiples sens, il sera finalement "au centre" du très beau plan final.