Lang n'a jamais imité qui que ce soit. Alors dire que ce film est très "hitchcokien" est quelque part un "non sens". Les films de Lang ne sont pas destinés à distraire le public comme ceux de Hitch'. Aussi, l'univers des deux cinéastes est assez opposé je trouve. Et le cinéma de Lang plus sombre, plus noir, plus moraliste que celui de Hitchcock... En 1949, quand il réalise "House by The River", il vient de terminer
La Femme au Portrait,
La Rue Rouge et
Le Secret derrière la porte. Quelques fleurons du cinéma hollywoodien...
A partir d'un élément très simple, un homme va réaliser un crime. On connaît le pessimisme viscéral du cinéaste : dans chaque homme, il y a un assassin. Dans toute société, le mal croupit, quelque part, comme de la boue, prêt à enfanter le pire des monstres (le nazisme est arrivé à un moment, à l'époque de la République de Weimar, où chacun voulait faire sa propre loi, sans passer par la justice, ce que Lang allait dénoncer dans
M. le maudit.
Dans "House By The River", l'écrivain apparaît pourtant sympathique. Du moins au début. Dans ce monde provincial fait de commérage (on est loin de la grande ville de
Règlements de Comptes), le héro ne manque pas de faire quelques remarques avisées à la vieille domestique qui ronchonne : "les déchets, les ordures, ne viennent pas de la rivière, mais des hommes". On retrouve l'univers du cinéaste : le monde de la nuit, la psychologie, les procès, la culpabilité. Chez Lang, il y a toujours ces univers parallèles. Ici, il est à l'intérieur de l'esprit du "héro". Très sympathique au début, voire même posé, patient, cet écrivain (interprété par Louis Hayward) va devenir, bien malgré lui, un assassin, et être pris dans un tourbillon infernal.
Cette histoire baroque avec ses décors d'un autre monde est donc sublime. C'est un film rare. Un petit chef d'oeuvre. Mais aussi, du moins pour moi, l'origine de mon amour pour le Film Noir (j'étais alors lycéen... merci Patrick Brion). Avec "cette maison près de la rivière", film dont on se demande pourquoi il n'est jamais sorti en salles (du moins en France), on est en présence d'une merveille, et le spectateur est littéralement happé par un univers qui oscille entre bonne et mauvaise conscience, dans un climat onirique parfois hallucinant. La scène qui montre John Byrne cherchant le cadavre dans la rivière est par exemple vertigineuse... La musique se fait angoissante et l'on est saisi d'effroi à la vision de cet homme en totale perdition. Autre idée de génie : la ceinture de la robe d'Emilie qui s'accroche désespérément à la manche de John. Mais il y en a tellement d'autres... Sans parler des symboles (sexuels, bibliques et autres). A noter enfin que pour ce film Lang avait exprimé le désir de voir une Noire jouer le rôle de la servante (malheureusement, tout comme pour
Furie, le cinéaste dut encaisser un refus catégorique)...