Après deux albums et quelques enfants illégitimes nés du départ des guitariste et bassiste ("Moondog Jr", "Zita Swoon", "Kiss My Jazz"... ), Deus se recentre autour de son très charismatique leader Tom Barman, songwriter passionné et maître d'oeuvre des solides armatures pop rock du groupe. Une concentration qui passe aussi par la musique : avec
The Ideal Crash, Deus s'organise, devient capable de dompter le fouillis le plus total, de trouver de l'ordre dans le chaos, une discipline dans ses guitares folles. Et finit par aboutir à l'équilibre, à un état où personne, de la mélodie, des arrangements ou des instruments n'aurait le dessus, sans jamais pour autant perdre en inventivité - le magnifique "Instant Street" et sa conclusion infernale comme preuve. Symbiose musicale,
The Ideal Crash impose définitivement Deus comme leader d'une scène rock belge à la créativité en pleine effervescence.
- -Anne-Claire Norot
Considéré comme l’album le plus marquant du groupe,
The ideal crash est aussi sans conteste un des albums majeurs de la fin des années 90. dEUS balance dix titres sublimes de perfection musicale, de poésie torturée et d’inventions mélodiques d’une efficacité redoutable. Enregistré à Ronda, petite ville d’Andalousie et produit par Dave Botrill (King Crimson, Peter Gabriel) ,qui apporte une dimension sonore jamais atteinte jusqu’à présent par le groupe, dEUS offre en cette année 1999, un disque qui fait désormais parti de l’histoire du rock. Ce qui frappe d’emblée à l’écoute du disque c’est la précision des guitares de l’écossais Craig Ward, qui offre une finesse de jeu tout au long de l’album. dEUS a choisi l’efficacité et laisse de coté l’aspect jazzy et les compositions alambiquées des albums précédents pour vraiment s’inscrire dans une pop délicate, appuyée par des claviers de plus en plus mélodiques et présents dans le son du groupe. Sans parler de changement de direction, Tom Barman, qui s’affirme de plus en plus comme le chef d’orchestre, choisit pour ce disque une sorte d’essentiel que ce soit dans l’écriture, dans la production et surtout dans la composition. On trouve dans
The ideal crash un nombre de ballades mélodiques surprenantes pour dEUS, qui ont le pouvoir de donner une authenticité incroyable à l’univers qui s'installe tout au long des dix titres. Pour l’ouverture du disque,
« Put The Freaks Up Front » réussit parfaitement le mix entre l’avant et le présent, entre les guitares incisives et les mélodies subtiles, le tout chanté à deux voix sur les chorus. Ce titre a la force de nous plonger instantanément dans le disque pour ne plus en sortir.
« Sister dew », le deuxième titre de l’album est absolument prodigieux, on y retrouve tous les ingrédients du grand songwriting, la beauté émouvante des violons, la mélancolie pesante du temps qui passe traduite parfaitement par le chant essoufflé de Barman. On pense aux New-Yorkais de Eels, capables eux aussi de sensations analogues. Avec
« The magic hour », on reste dans la même teneur, et on commence à se dire que dEUS propose ici un opus d’une qualité rare.
Si les titres paraissent plus aboutis que dans
In a bar, under the sea, l’album précédent, les échanges et l’harmonie des instruments sont d’une perfection étrange, la réponse du violoncelle à la guitare donne une dimension incroyable. On atteint le chef d’œuvre avec les deux titres suivants,
« The ideal crash » et
« Instant street », véritables hymnes de l’indie-rock. Le premier, comme son titre l’indique, sonne comme le condensé de ce disque, l’alliage des guitares et des claviers, posé sur une rythmique basse-batterie essentielle, y est à son paroxysme.
« Instant Steet » s’inscrit dans la continuité en apportant un organique puissant par l’intermédiaire d’un banjo et toujours l’arrangement du chant à deux voix (Barman et Ward) pour finir dans l’explosion rock des guitares toutes voiles dehors qui prouvent que le groupe sait encore jouer l’orage. Désormais le décor est planté et on reste dans ce schéma de claviers et de guitares électriques pour la deuxième partie de l’album,
«Everybody's weird » propose une rythmique dans un esprit électronique typique du groupe, ancré dans la brume des Flandres et l’électricité d’Anvers. La mélodie de ce titre invite aussi l’auditeur dans l’esprit des eighties qui n’est pas pour déplaire, une forme de réminiscence de la new wave. Dans la même veine suit
« Let see who goes down first », avec toutefois un coté un peu plus oppressant dans les sonorités de claviers, enfin dEUS amorce sa fuite dans un
« Dream sequence #1 » d’une profonde mélancolie soutenue par le chant de Tom Barman au bord de l’angoisse comme si l’avenir n’était pas envisagé comme quelque chose de concret.
The ideal crash ouvre grand les portes du panthéon du rock à ce groupe d’anversois, arrivé avec ce disque à l’apogée de son art.
Mikl Leroy - Copyright 2012 Music Story