Nous sommes en 1987. Les La's, menés par Lee Mavers, assisté de son fidèle lieutenant John Power à la basse, sortent un premier single, apprécié par Morrissey : Way out. C'est un échec. Plusieurs chansons ont été enregistrées, et ainsi commence la valse des producteurs, car on raconte que Lee Mavers n'est jamais satisfait. En 1988, un nouveau single sort : There she goes, à peine remarqué, malgré son riff accrocheur, très Byrds... En 1989, on approche du bout du tunnel ! Mike Hedges, le fameux producteur (The Cure, mais aussi The Manic Street Preachers dans les années 90), conçoit un album entier. Un single est censé sortir : Timeless Melody / Clean prophet / All by myself / Ride yer camel. Le NME le proclame "single de la semaine" et au dernier moment... annulation ! Lee Mavers n'est pas satisfait ! Pourtant, Timeless Melody sonne alors comme en concert ! En 1990, Go! Discs, excédé (1 million de livres sterling ont été dépensées en 3 ans !!!), appelle Steve Lillywhite (U2, Simple Minds), et là, c'est très tendu. L'album est réalisé, entièrement produit par Lillywhite, sauf There she goes (il a repris le single de 1988 en le remixant légèrement, en le rendant bien plus percutant, et surtout en prolongeant l'introduction divine). Les La's s'insurgent et décident (enfin Mavers décide) de ne plus rien enregistrer tant que cet album n'aura pas été réenregistré selon leur goût (on parle de démos assez rudimentaires, mais pas tant que ça à l'écoute de celles de Liberty Ship et Freedom song, sorties en face B de Way out en 1987).
Venons-en au disque lui-même. En faisant abstraction de toute l'histoire des La's, que peut-on bien lui reprocher ? Il sonne très bien (un peu trop propre ?), très Merseybeat (Feelin' avec son intro à la I feel fine, There she goes) et explorant des contrées surprenantes (Looking glass). Lillywhite a quand même dénaturé l'esprit de certaines chansons, ainsi Son of a gun et I.O.U., qui sonnent plus ternes (comparez avec les autres versions disponibles et vous verrez). Timeless Melody est presque méconnaissable, bien qu'excellente. Pareil pour Way out, qui sonne du coup très Smiths ! I can't sleep sonne mieux que jamais par rapport aux autres producteurs (seul le mix de Jeremy Allom peut légitimement rivaliser). On peut dire que le disque ne reflète pas l'esprit des La's quand on connaît un tant soit peu les enregistrements studio du groupe (presque intégralement disponibles dans le coffret Callin'all), mais c'est un excellent disque, qui a marqué l'Histoire, et qui marquera la musique pendant encore longtemps, au même titre qu'un album comme A Hard day's night des Beatles ou que The Stone Roses (album éponyme). C'est un mètre-étalon de ce qu'on va bientôt appeler la Britpop. Les Stones Roses se sont égarés, les La's se sont sabordés et Lee Mavers s'est presque complètement retiré, et Oasis a récupéré leurs fans (légitimement aussi). Noel Gallagher ainsi que de nombreux autres artistes britpop (dont Damon Albarn) ont exprimé leur dette envers les La's, qui ont (r)ouvert la voie vers une pop simple et mélodique, du niveau de celles des grands groupes sixties, Beatles et Kinks en tête. The La's est donc un album essentiel, qu'il est indispensable de posséder en version simple (avec des bonus tracks disponibles dans le coffret Callin'all) ou, si vous voulez vous y plonger corps et âme, en version double (avec tout plein de bonus tracks, dont l'intégralité de l'album produit par Mike Hedges avec la "vraie" version de Timeless Melody, disponible également sur Callin'all).