Au moment de la sortie de ce second album, le groupe Libertines n'existe peut être plus sous sa forme originale ... après bien des frasques, relayées par une presse anglaise trop heureuse de tenir avec ces loulous un feuilleton people particulièrement riche en rebondissements, les Libertines sont parvenus à entrer (presque de force dans le cas de Doherty) en studio pour en ressortir avec cet album très attendu : car les Libertines sont à coup sûr déjà entrés dans l'histoire, et pas seulement pour avoir volé leurs propres disques dans un grand magasin, pas seulement pour avoir frayé avec des vieilles gloires du rock anglais comme Geoff Travis, Mick Jones (The Clash) ou Alan McGee (du label Creation), mais bien pour leur musique : un rock & roll incroyablement sincère et entrainant. Certes, on sent dans cette musique des tas de références , qui iraient en gros des Pretty Things jusqu'aux Strokes (dont ils sont la réponse britannique), en passant par tout ce qui s'est fait de bon dans le registre : mais depuis le passage des trains de l'électronica, le jeu des références n'est plus honteux, et chacun sait que "tout ou presque a déjà été fait" : reste donc à puiser généreusement dans une histoire débordante de bonnes choses, ce que font les Libertines avec une insolence rare : enregistrés quasimment "live" et en bien peu de prises, chaque morceau de ce disque est une démonstration de songwriting et d'arrogance pop : "Can't Stand Me Now", déjà en rotation dans toutes les bonnes boutiques, ou encore "The Man Who Would Be King" ou "Road To Ruin", autant de classiques instantanés. Mais ce second album impressionne peut être plus encore par ses morceaux moins conventionnels comme "Don't Be Shy" ou l'étrange "Arbeit Macht Frei", deux pièces sardoniques qui se révèlent plus sur la longueur.Alan McGee, qui a pourtant travaillé dans le passé avec l'insupportable perfectionniste Kevin Shields (My Bloody Valentine) ou avec les frangins bagarreurs Gallagher, avoue que les Libertines sont le groupe le plus difficile qu'il ait jamais connu : mais le jeu en valait la chandelle, cet album est une tuerie, et même si le groupe devait mourir demain, il devrait devenir énorme malgré tout . Une légende est en marche. Ou alors je n'y connais rien .